(Août 1957)
D'abord présenté sous forme de conférence à l'Ecole militaire et politique antijaponaise de Yenan, cet écrit a été révisé par l'auteur lorsqu'il fut inclus dans ses œuvres choisies.]
II.L'UNIVERSALITE DE LA CONTRADICTION
Pour la commodité de l'exposé, je m'arrêterai en premier lieu à l'universalité de la contradiction, puis à son caractère spécifique.
En effet, depuis la découverte de la conception matérialiste-dialectique du monde par les grands fondateurs et continuateurs du marxisme, Marx, Engels, Lénine et Staline, la dialectique matérialiste a été appliquée avec le plus grand succès à l'analyse de nombreux aspects de l'histoire humaine et de l'histoire naturelle, ainsi qu'à la transformation de nombreux aspects de la société et de la nature (par exemple en U.R.S.S.) ; l'universalité de la contradiction est donc déjà largement reconnue et nous n'aurons pas besoin de l'expliquer longuement.
Par contre, le caractère spécifique de la contradiction est pour nombre de camarades, en particulier les dogmatiques, une question où ils ne voient pas encore clair.
Ils ne comprennent pas que dans les contradictions l'universel existe dans le spécifique. Ils ne comprennent pas non plus combien il est important, pour diriger le cours de notre pratique révolutionnaire, d'étudier le spécifique dans les contradictions inhérentes aux choses et aux phénomènes concrets devant lesquels nous nous trouvons.
Nous devons donc étudier le caractère spécifique de la contradiction avec une attention particulière, en accordant une place suffisante à son examen. C'est pourquoi dans notre analyse de la loi de la contradiction inhérente aux choses et aux phénomènes, nous commencerons par examiner le problème de l'universalité de la contradiction, puis nous analyserons plus particulièrement son caractère spécifique pour revenir finalement au problème de l'universalité.
L'universalité ou le caractère absolu de la contradiction a une double signification: la première est que les contradictions existent dans le processus de développement de toute chose et de tout phénomène; la seconde, que, dans le processus de développement de chaque chose, de chaque phénomène, le mouvement contradictoire existe du début à la fin.
Engels a dit:
"Le mouvement lui-même est une contradiction" (6).
La définition, donnée par Lénine, de la loi de l'unité des contraires, dit qu'elle " reconnaît (découvre) des tendances contradictoires, opposées et s'excluant mutuellement dans tous les phénomènes et processus de la nature (et de l'esprit et de la société dans ce nombre) "(7).
Ces idées sont-elles justes? Oui, elles le sont. Dans toutes les choses et tous les phénomènes, l'interdépendance et la lutte des aspects contradictoires qui leur sont propres déterminent leur vie et animent leur développement. Il n'est rien qui ne contienne des contradictions. Sans contradictions, pas d'univers.
La contradiction est la base des formes simples du mouvement (par exemple, le mouvement mécanique) et à plus forte raison des formes complexes du mouvement.
Engels a expliqué de la façon suivante l'universalité de la contradiction:
Si le simple changement mécanique de lieu contient déjà en lui-même une contradiction, à plus forte raison les formes supérieures de mouvement de la matière et tout particulièrement la vie organique et son développement. ... la vie consiste au premier chef précisément en ce qu'un être est à chaque instant le même et pourtant un autre.
La vie est donc également une contradiction qui, présente dans les choses et les processus eux-mêmes, se pose et se résout constamment.
Et dès que la contradiction cesse, la vie cesse aussi, la mort intervient. De même, nous avons vu que dans le domaine de la pensée également, nous ne pouvons pas échapper aux contradictions et que, par exemple, la contradiction entre l'humaine faculté de connaître, intérieurement infinie, et son existence réelle dans des hommes qui sont tous limités extérieurement et dont la connaissance est limitée, se résout dans la série des générations, série qui, pour nous, n'a pratiquement pas de fin, - tout au moins dans le progrès sans fin.
... l'un des fondements principaux des mathématiques supérieures est [la] .. . contradiction ...
Mais [les mathématiques inférieures] déjà fourmillent de contradictions (8).
Et Lénine illustrait à son tour l'universalité de la contradiction par les exemples suivants:
En mathématiques, le + et le -. Différentielle et intégrale.
En mécanique, action et réaction.
En physique, électricité positive et négative.
En chimie, union et dissociation des atomes.
Dans la science sociale, lutte de classe(9) .
Dans la guerre, l'offensive et la défensive, l'avance et la retraite, la victoire et la défaite sont autant de couples de phénomènes contradictoires dont l'un ne peut exister sans l'autre.
Les deux aspects sont à la fois en lutte et en interdépendance, cela constitue l'ensemble d'une guerre, impulse le développement de la guerre et permet de résoudre les problèmes de la guerre.
Il convient de considérer toute différence dans nos concepts comme le reflet de contradictions objectives. La réflexion des contradictions objectives dans la pensée subjective forme le mouvement contradictoire des concepts, stimule le développement des idées, résout continuellement les problèmes qui se posent à la pensée humaine.
L'opposition et la lutte entre conceptions différentes apparaissent constamment au sein du Parti; c'est le reflet, dans le Parti, des contradictions de classes et des contradictions entre le nouveau et l'ancien existant dans la société. S'il n'y avait pas dans le Parti de contradictions, et de luttes idéologiques pour les résoudre, la vie du Parti prendrait fin.
Il ressort de là que partout, dans chaque processus, il existe des contradictions, aussi bien dans les formes simples du mouvement que dans ses formes complexes, dans les phénomènes objectifs que dans les phénomènes de la pensée: ce point est maintenant éclairci. Mais la contradiction existe-t-elle également au stade initial de chaque processus?
Le processus de développement de toute chose, de tout phénomène connaît-il un mouvement contradictoire du début à la fin?
L'école de Déborine, comme la lecture des articles dans lesquels les philosophes soviétiques la soumettent à la critique permet de le constater, considère que la contradiction n'apparaît pas dès le début du processus, mais à un certain stade de son développement. Il s'ensuit que jusqu'à ce moment le développement du processus se produit non sous l'action des causes internes, mais sous celle des causes externes. Déborine revient ainsi aux théories métaphysiques des causes externes et du mécanisme.
Appliquant cette façon de voir à l'analyse des problèmes concrets, l'école de Déborine arrive à la conclusion que, dans les conditions de l'Union soviétique, il existe entre les koulaks et la masse paysanne seulement des différences et non des contradictions, et elle approuve entièrement Boukharine (10).
Etudiant la Révolution française, elle soutient qu'avant la révolution il existait également au sein du tiers état, composé des ouvriers, des paysans et de la bourgeoisie, seulement des différences et non des contradictions. Ces vues de l'école de Déborine sont antimarxistes.
Cette école ne comprend pas que dans toute différence il y a déjà une contradiction et que la différence elle-même constitue une contradiction. La contradiction entre le Travail et le Capital est née avec l'apparition de la bourgeoisie et du prolétariat, mais elle n'est devenue aiguë que plus tard.
Entre les ouvriers et les paysans, même dans les conditions sociales de l'Union soviétique, il existe une différence; cette différence est une contradiction qui, toutefois, contrairement à la contradiction entre le Travail et le Capital, ne peut s'accentuer jusqu'à devenir un antagonisme ou revêtir la forme d'une lutte de classes; les ouvriers et les paysans ont scellé une solide alliance au cours de l'édification du socialisme, et ils résolvent progressivement la contradiction en question dans le processus de développement allant du socialisme au communisme.
Il s'agit ici de différentes sortes de contradictions, et non de la présence ou de l'absence de contradictions. La contradiction est universelle, absolue; elle existe dans tous les processus du développement des choses et des phénomènes et pénètre chaque processus, du début à la fin.
Que signifie l'apparition d'un nouveau processus? Cela signifie que l'ancienne unité et les contraires qui la constituent font place à une nouvelle unité, à ses nouveaux contraires; alors naît un nouveau processus qui succède à l'ancien. L'ancien processus s'achève, le nouveau surgit.
Et comme le nouveau processus contient de nouvelles contradictions, il commence l'histoire du développement de ses propres contradictions.
Lénine souligne que Marx, dans Le Capital, a donné un modèle d'analyse du mouvement contradictoire qui traverse tout le processus de développement d'une chose, d'un phénomène, du début à la
fin. C'est la méthode à employer lorsqu'on étudie le processus de développement de toute chose, de tout phénomène.
Et Lénine lui-même a utilisé judicieusement cette méthode, qui imprègne tous ses écrits.
Marx, dans Le Capital, analyse d'abord ce qu'il y a de plus simple, de plus habituel, de fondamental, de plus fréquent, de plus ordinaire, ce qui se rencontre des milliards de fois: les rapports dans la société bourgeoise (marchande): l'échange de marchandises. Son analyse fait apparaître dans ce phénomène élémentaire (dans cette "cellule" de la société bourgeoise) tous les antagonismes (resp. embryons de tous les antagonismes) de la société moderne. La suite de l'exposé nous montre le développement (et la croissance, et le mouvement) de ces antagonismes et de cette société dans le S de ses diverses parties, depuis son début jusqu'à la fin.
Et Lénine ajoute:
"Tel doit être aussi le mode d'exposition (resp. d'étude) de la dialectique en général.. "
Les communistes chinois doivent s'assimiler cette méthode s'ils veulent analyser d'une manière correcte l'histoire et la situation actuelle de la révolution
chinoise et en déduire les perspectives.
III. LE CARACTERE SPECIFIQUE
DE LA CONTRADICTION
Les contradictions existent dans le processus de développement de toutes les choses, de tous les phénomènes et elles pénètrent le processus de développement de chaque chose, de chaque phénomène, du commencement à la fin. C'est là l'universalité et le caractère absolu de la contradiction, dont nous avons parlé précédemment. Arrêtons-nous maintenant sur ce qu'il y a de spécifique et de relatif dans les contradictions.
Il convient d'étudier cette question sur plusieurs plans.
En premier lieu, les contradictions des différentes formes de mouvement de la matière revêtent toutes un caractère spécifique. La connaissance de la matière par l'homme, c'est la connaissance de ses formes de mouvement, étant donné que, dans le monde, il n'y a rien d'autre que la matière en mouvement, le mouvement de la matière revêtant d'ailleurs toujours des formes déterminées.
En nous penchant sur chaque forme de mouvement de la matière, nous devons porter notre attention sur ce qu'elle a de commun avec les autres formes de mouvement. Mais ce qui est encore plus important, ce qui sert de base à notre connaissance des choses, c'est de noter ce que cette forme de mouvement a de proprement spécifique, c'est-à-dire ce qui la différencie qualitativement des autres formes de mouvement.
C'est seulement de cette manière qu'on peut distinguer une chose d'une autre. Toute forme de mouvement contient en soi ses propres contradictions spécifiques, lesquelles constituent cette essence spécifique qui différencie une chose des autres. C'est cela qui est la cause interne ou si l'on veut la base de la diversité infinie des choses dans le monde.
Il existe dans la nature une multitude de formes du mouvement: le mouvement mécanique, le son, la lumière, la chaleur, l'électricité, la dissociation, la combinaison, etc. Toutes ces formes du mouvement de la matière sont en interdépendance, mais se distinguent les unes des autres dans leur essence.
L'essence spécifique de chaque forme de mouvement est déterminée par les contradictions spécifiques qui lui sont inhérentes. Il en est ainsi non seulement de la nature, mais également des phénomènes de la société et de la pensée. Chaque forme sociale, chaque forme de la pensée contient ses contradictions spécifiques et possède son essence spécifique.
La délimitation des différentes sciences se fonde justement sur les contradictions spécifiques contenues dans les objets respectifs qu'elles étudient. Ainsi, les contradictions propres à la sphère d'un phénomène donné constituent l'objet d'étude d'une branche déterminée de la science.
Par exemple, le + et le -- en mathématiques ; l'action et la réaction en mécanique; l'électricité positive et négative en physique; la combinaison et la dissociation en chimie; les forces productives et les rapports de production, la lutte entre les classes dans les sciences sociales; l'attaque et la défense dans la science militaire; l'idéalisme et le matérialisme, la métaphysique et la dialectique en philosophie - tout cela constitue les objets d'étude de différentes branches de la science en raison justement de l'existence de contradictions spécifiques et d'une essence spécifique dans chaque branche.
Certes, faute de connaître ce qu'il y a d'universel dans les contradictions, il est impossible de découvrir les causes générales ou les bases générales du mouvement, du développement des choses et des phénomènes.
Mais si l'on n'étudie pas ce qu'il y a de spécifique dans les contradictions, il est impossible de déterminer cette essence spécifique qui distingue une chose des autres, impossible de découvrir les causes spécifiques ou les bases spécifiques du mouvement, du développement des choses et des phénomènes, impossible par conséquent de distinguer les choses et les phénomènes, de délimiter les domaines de la recherche scientifique.
Si l'on considère l'ordre suivi par le mouvement de la connaissance humaine, on voit que celle-ci part toujours de la connaissance du particulier et du spécifique pour s'élargir graduellement jusqu'à atteindre celle du général.
Les hommes commencent toujours par connaître d'abord l'essence spécifique d'une multitude de choses différentes avant d'être en mesure de passer à la généralisation et de connaître l'essence commune des choses.
Quand ils sont parvenus à cette connaissance, elle leur sert de guide pour étudier plus avant les différentes choses concrètes qui n'ont pas encore été étudiées ou qui l'ont été insuffisamment, de façon à trouver leur essence spécifique; c'est ainsi seulement qu'ils peuvent compléter, enrichir et développer leur connaissance de l'essence commune des choses et l'empêcher de se dessécher ou de se pétrifier. Ce sont là les deux étapes du processus de la connaissance: la première va du spécifique au général, la seconde du général au spécifique.
Le développement de la connaissance humaine représente toujours un mouvement en spirale et (si l'on observe rigoureusement la méthode scientifique) chaque cycle élève la connaissance à un degré supérieur et sans cesse l'approfondit.
L'erreur de nos dogmatiques dans cette question consiste en ceci: d'une part, ils ne comprennent pas que c'est seulement après avoir étudié ce qu'il y a de spécifique dans la contradiction et pris connaissance de l'essence spécifique des choses particulières qu'on peut atteindre à la pleine connaissance de l'universalité de la contradiction et de l'essence commune des choses; et d'autre part, ils ne comprennent pas qu'après avoir pris connaissance de l'essence commune des choses nous devons aller plus avant et étudier les choses concrètes, qui ont été insuffisamment étudiées ou qui apparaissent pour la première fois.
Nos dogmatiques sont des paresseux; ils se refusent à tout effort dans l'étude des choses concrètes, considèrent les vérités générales comme quelque chose qui tombe du ciel, en font des formules purement abstraites, inaccessibles à l'entendement humain, nient totalement et renversent l'ordre normal que suivent les hommes pour arriver à la connaissance de la vérité. Ils ne comprennent pas non plus la liaison réciproque entre les deux étapes du processus de la connaissance humaine: du spécifique au général et du général au spécifique; ils n'entendent rien à la théorie marxiste de la connaissance.
Il faut étudier non seulement les contradictions spécifiques de chacun des grands systèmes de formes du mouvement de la matière et l'essence déterminée par ces contradictions, mais aussi les contradictions spécifiques et l'essence de chacune de ces formes de mouvement de la matière à chaque étape du long chemin que suit le développement de celles-ci. Toute forme du mouvement, dans chaque processus de développement qui est réel et non imaginaire, est qualitativement différente. Dans notre étude, il convient d'accorder une attention particulière à cela et, de plus, de commencer par là.
Les contradictions qualitativement différentes ne peuvent se résoudre que par des méthodes qualitativement différentes.
Ainsi, la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie se résout par la révolution socialiste; la contradiction entre les masses populaires et le régime féodal, par la révolution démocratique; la contradiction entre les colonies et l'impérialisme, par la guerre révolutionnaire nationale; la contradiction entre la classe ouvrière et la paysannerie, dans la société socialiste, par la collectivisation et la mécanisation de l'agriculture; les contradictions au sein du parti communiste se résolvent par la critique et l'autocritique; les contradictions entre la société et la nature, par le développement des forces productives. Les processus changent, les anciens processus et les anciennes contradictions disparaissent, de nouveaux processus et de nouvelles contradictions naissent, et les méthodes pour résoudre celles-ci sont en conséquence différentes elles aussi.
Les contradictions résolues par la Révolution de Février et les contradictions résolues par la Révolution d'Octobre, en Russie, de même que les méthodes employées pour les résoudre, étaient entièrement différentes. Résoudre les contradictions différentes par des méthodes différentes est un principe que les marxistes-léninistes doivent rigoureusement observer.
Les dogmatiques n'observent pas ce principe; ils ne comprennent pas que les conditions dans lesquelles se déroulent les différentes révolutions ne sont pas les mêmes, aussi ne comprennent-ils pas que les contradictions différentes doivent être résolues par des méthodes différentes; ils adoptent invariablement ce qu'ils croient être une formule immuable, et l'appliquent mécaniquement partout, ce qui ne peut que causer des revers à la révolution ou compromettre ce qui aurait pu réussir.
Pour faire apparaître le caractère spécifique des contradictions considérées dans leur ensemble ou dans leur liaison mutuelle au cours du processus de développement d'une chose ou d'un phénomène, c'est-à-dire pour faire apparaître l'essence du processus, il faut faire apparaître le caractère spécifique des deux aspects de chacune des contradictions dans ce processus; sinon, il sera impossible de faire apparaître l'essence du processus; cela aussi exige la plus grande attention dans notre étude.
Dans le processus de développement d'un phénomène important, il existe toute une série de contradictions. Par exemple, dans le processus de la révolution démocratique bourgeoise en Chine, il existe notamment une contradiction entre les classes opprimées de la société chinoise et l'impérialisme; une contradiction entre les masses populaires et le régime féodal; une contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie; une contradiction entre la paysannerie et la petite bourgeoisie urbaine d'une part, et la bourgeoisie d'autre part; des contradictions entre les diverses cliques réactionnaires dominantes: la situation est ici extrêmement complexe.
Toutes ces contradictions ne peuvent être traitées de la même façon, puisque chacune a son caractère spécifique; qui plus est, les deux aspects de chaque contradiction ont, à leur tour, des particularités propres à chacun d'eux, et l'on ne peut les envisager de la même manière.
Nous qui travaillons pour la cause de la révolution chinoise, nous devons non seulement comprendre le caractère spécifique de chacune de ces contradictions considérées dans leur ensemble, c'est-à-dire dans leur liaison mutuelle, mais encore étudier les deux aspects de chaque contradiction, seul moyen pour arriver à comprendre l'ensemble.
Comprendre chaque aspect de la contradiction, c'est comprendre quelle situation particulière il occupe, sous quelles formes concrètes il établit avec son contraire des relations d'interdépendance et des relations de contradiction, quelles sont les méthodes concrètes qu'il utilise dans sa lutte contre l'autre quand les deux aspects se trouvent à la fois en interdépendance et en contradiction, et aussi après la rupture de leur interdépendance.
L'étude de ces questions est d'une haute importance. C'est ce qu'avait en vue Lénine lorsqu'il disait que la substance même, l'âme vivante du marxisme, c'est l'analyse concrète d'une situation concrète (12). Nos dogmatiques enfreignent les enseignements de Lénine, ne se donnent jamais la peine d'analyser quoi que ce soit d'une manière concrète; leurs articles et leurs discours ne font que ressasser d'une manière vaine, creuse, des schémas stéréotypés, et font naître dans notre Parti un style de travail des plus néfastes.
Dans l'étude d'une question, il faut se garder d'être subjectif, d'en faire un examen unilatéral et d'être superficiel. Etre subjectif, c'est ne pas savoir envisager une question objectivement, c'est-à-dire d'un point de vue matérialiste. J'en ai déjà parlé dans "De la pratique". L'examen unilatéral consiste à ne pas savoir envisager les questions sous tous leurs aspects.
C'est ce qui arrive, par exemple, lorsqu'on comprend seulement la Chine et non le Japon, seulement le Parti communiste et non le Kuomintang, seulement le prolétariat et non la bourgeoisie, seulement la paysannerie et non les propriétaires fonciers, seulement les situations favorables et non les situations difficiles, seulement le passé et non l'avenir, seulement le détail et non l'ensemble, seulement les insuffisances et non les succès, seulement le demandeur et non le défendeur, seulement le travail révolutionnaire dans la clandestinité et non le travail révolutionnaire légal, etc., bref, lorsqu'on ne comprend pas les particularités des deux aspects d'une contradiction.
C'est ce qu'on appelle envisager les questions d'une manière unilatérale, ou encore voir la partie et non le tout, voir les arbres et non la forêt. Si l'on procède ainsi, il est impossible de trouver la méthode pour résoudre les contradictions, impossible de s'acquitter des tâches de la révolution, impossible de mener à bien le travail qu'on fait, impossible de développer correctement la lutte idéologique dans le Parti.
Quand Souentse, traitant de l'art militaire, disait: "Connais ton adversaire et connais-toi toi-même, et tu pourras sans risque livrer cent batailles"(13), il parlait des deux parties belligérantes. Wei Tcheng14, sous la dynastie des Tang, comprenait lui aussi l'erreur d'un examen unilatéral lorsqu'il disait: " Qui écoute les deux côtés aura l'esprit éclairé, qui n'écoute qu'un côté restera dans les ténèbres." Mais nos camarades voient souvent les problèmes d'une manière unilatérale et, de ce fait, il leur arrive souvent d'avoir des anicroches. Dans Chouei hou tchouan, on parle de Song Kiang qui attaqua à trois reprises Tchou-kiatchouang "(15).
Il échoua deux fois pour avoir ignoré les conditions locales et appliqué une méthode d'action erronée.
Par la suite, il changea de méthode et commença par s'informer de la situation; dès lors, il connut tous les secrets du labyrinthe, brisa l'alliance des trois villages Likiatchouang, Houkiatchouang et Tchoukiatchouang, et envoya des hommes se cacher dans le camp ennemi pour s'y mettre en embuscade, usant d'un stratagème semblable à celui du cheval de Troie dont parle une légende étrangère; et sa troisième attaque fiit couronnée de succès. Chouei hou tchouan contient de nombreux exemples d'application de la dialectique matérialiste, dont l'un des meilleurs est l'attaque, par trois fois, de Tchou-kiatchouang.
Lénine dit:
Pour connaître réellement un objet, il faut embrasser et étudier tous ses aspects, toutes ses liaisons et "médiations". Nous n'y arriverons jamais intégralement, mais la nécessité de considérer tous les aspects nous garde des erreurs et de l'engourdissement(16).
Nous devons retenir ses paroles. Etre superficiel, c'est ne pas tenir compte des particularités des contradictions dans leur ensemble, ni des particularités des deux aspects de chaque contradiction, nier la nécessité d'aller au fond des choses et d'étudier minutieusement les particularités de la contradiction, se contenter de regarder de loin et, après une observation approximative de quelques traits superficiels de la contradiction, essayer immédiatement de la résoudre (de répondre à une question, de trancher un différend, de régler une affaire, de diriger une opération militaire).
Une telle manière de procéder entraîne toujours des conséquences fâcheuses. La raison pour laquelle nos camarades qui donnent dans le dogmatisme et l'empirisme commettent des erreurs, c'est qu'ils envisagent les choses d'une manière subjective, unilatérale, superficielle. Envisager les choses d'une manière unilatérale et superficielle, c'est encore du subjectivisme, car, dans leur être objectif, les choses sont en fait liées les unes aux autres et possèdent des lois internes; or, il est des gens qui, au lieu de refléter les choses telles qu'elles sont, les considèrent d'une manière unilatérale ou superficielle, sans connaître leur liaison mutuelle ni leurs lois internes; une telle méthode est donc subjective.
Nous devons avoir en vue non seulement les particularités du mouvement des aspects contradictoires considérés dans leur liaison mutuelle et dans les conditions de chacun d'eux au cours du processus général du développement d'une chose ou d'un phénomène, mais aussi les particularités propres à chaque étape du processus de développement.
Ni la contradiction fondamentale dans le processus de développement d'une chose ou d'un phénomène, ni l'essence de ce processus, déterminée par cette contradiction, ne disparaissent avant l'achèvement du processus; toutefois, les conditions diffèrent habituellement les unes des autres à chaque étape du long processus de développement d'une chose ou d'un phénomène.
En voici la raison: Bien que le caractère de la contradiction fondamentale dans le processus de développement d'une chose ou d'un phénomène et l'essence du processus restent inchangés, la contradiction fondamentale s'accentue progressivement à chaque étape de ce long processus.
En outre, parmi tant de contradictions, importantes ou minimes, qui sont déterminées par la contradiction fondamentale ou se trouvent sous son influence, certaines s'accentuent, d'autres se résolvent ou s'atténuent temporairement ou partiellement, d'autres ne font encore que naître. Voilà pourquoi il y a différentes étapes dans le processus. On est incapable de résoudre comme il faut les contradictions inhérentes à une chose ou à un phénomène si l'on ne fait pas attention aux étapes du processus de son développement.
Lorsque, par exemple, le capitalisme de l'époque de la libre concurrence se transforma en impérialisme, ni le caractère de classe des deux classes en contradiction fondamentale - le prolétariat et la bourgeoisie - ni l'essence capitaliste de la société ne subirent de changement; toutefois, la contradiction entre ces deux classes s'accentua, la contradiction entre le capital monopoliste et le capital non monopoliste surgit, la contradiction entre les puissances coloniales et les colonies devint plus marquée, la contradiction entre les pays capitalistes, contradiction provoquée par le développement inégal de ces pays, se manifesta avec une acuité particulière; dès lors apparut un stade particulier du capitalisme - le stade de l'impérialisme. Le léninisme est le marxisme de l'époque de l'impérialisme et de la révolution prolétarienne précisément parce que Lénine et Staline ont donné une explication juste de ces contradictions et formulé correctement la théorie et la tactique de la révolution prolétarienne appelées à les résoudre.
Si l'on prend le processus de la révolution démocratique bourgeoise en Chine, qui a commencé par la Révolution de 1911 (17), on y distingue également plusieurs étapes spécifiques. En particulier, la période de la révolution où sa direction a été bourgeoise et la période où sa direction est assumée par le prolétariat représentent deux étapes historiques dont la différence est considérable.
En d'autres termes, la direction exercée par le prolétariat changea radicalement le visage de la révolution, conduisit à un regroupement des forces dans le rapport des classes, amena un large développement de la révolution paysanne, imprima à la révolution dirigée contre l'impérialisme et le féodalisme un caractère conséquent, créa la possibilité du passage de la révolution démocratique à la révolution socialiste, etc.
Tout cela était impossible à l'époque où la direction de la révolution appartenait à la bourgeoisie.
Bien que la nature de la contradiction fondamentale du processus pris dans son ensemble, c'est-à-dire le caractère de révolution démocratique anti-impérialiste et antiféodale du processus (l'autre aspect de la contradiction étant le caractère semi-colonial et semi-féodal du pays), n'eût subi aucun changement, on vit se produire au cours de cette longue période des événements aussi importants que la défaite de la Révolution de 1911 et l'établissement du pouvoir des seigneurs de guerre du Peiyang, la création du premier front uni national et la révolution de 1924-1927, la rupture du front uni et le passage de la bourgeoisie dans le camp de la contre-révolution, les conflits entre les nouveaux seigneurs de guerre, la Guerre révolutionnaire agraire (19), la création du second front uni national et la Guerre de Résistance contre le Japon - autant d'étapes de développement en l'espace de vingt et quelques années.
Ces étapes sont caractérisées notamment par le fait que certaines contradictions se sont accentuées (par exemple, la Guerre révolutionnaire agraire et l'invasion des quatre provinces du Nord-Est (20) par le Japon), que d'autres se sont trouvées partiellement ou provisoirement résolues (par exemple, l'anéantissement des seigneurs de guerre du Peiyang, la confiscation par nous des terres des propriétaires fonciers), que d'autres enfin ont surgi (par exemple, la lutte entre les nouveaux seigneurs de guerre, la reprise des terres par les propriétaires fonciers après la perte de nos bases révolutionnaires dans le Sud).
Lorsqu'on étudie le caractère spécifique des contradictions à chaque étape du processus de développement d'une chose ou d'un phénomène, il faut non seulement considérer ces contradictions dans leur liaison mutuelle ou dans leur ensemble, mais également envisager les deux aspects de chaque contradiction.
Par exemple, le Kuomintang et le Parti communiste. Prenons l'un des aspects de cette contradiction: le Kuomintang. Aussi longtemps qu'il suivit, dans la période du premier front uni, les trois thèses politiques fondamentales de Sun Yat-sen (alliance avec la Russie, alliance avec le Parti communiste et soutien aux ouvriers et aux paysans), il conserva son caractère révolutionnaire et sa vigueur, il représenta l'alliance des différentes classes dans la révolution démocratique. A partir de 1927, il se transforma en son contraire en devenant un bloc réactionnaire des propriétaires fonciers et de la grande bourgeoisie.
Après l'Incident de Sian (21) en décembre 1936, un nouveau changement commença à se produire en son sein, dans le sens de la cessation de la guerre civile et de l'alliance avec le Parti communiste pour une lutte commune contre l'impérialisme japonais. Telles sont les particularités du Kuomintang à ces trois étapes. Leur apparition a eu, bien entendu, des causes multiples.
Prenons maintenant l'autre aspect: le Parti communiste chinois. Dans la période du premier front uni, il était encore fort jeune; il dirigea courageusement la révolution de 1924-1927, mais montra son manque de maturité dans la façon dont il comprit le caractère, les tâches et les méthodes de la révolution, c'est pourquoi le tchentou-sieouisme (22), qui était apparu dans la der nière période de cette révolution, eut la possibilité d'y exercer son action et conduisit la révolution à la défaite.
A partir de 1927, le Parti communiste dirigea courageusement la Guerre révolutionnaire agraire, créa une armée révolutionnaire et des bases révolutionnaires, mais commit des erreurs de caractère aventuriste, à la suite de quoi l'armée et les bases d'appui subirent de grosses pertes. Depuis 1935, il a surmonté ces erreurs et dirige le nouveau front uni pour la résistance au Japon; cette grande lutte est en train de se développer.
A l'étape présente, le Parti communiste est un parti qui a déjà subi l'épreuve de deux révolutions et qui possède une riche expérience. Telles sont les particularités du Parti communiste chinois à ces trois étapes. Leur apparition a eu également des causes multiples. Faute d'étudier les particularités du Kuomintang et du Parti communiste, il est impossible de comprendre les relations spécifiques entre les deux partis aux diverses étapes de leur développement: création d'un front uni, rupture de ce front, création d'un nouveau front uni. Mais pour étudier ces diverses particularités, il est encore plus indispensable d'étudier la base de classe des deux partis et les contradictions qui en résultent dans différentes périodes entre chacun de ces partis et les autres forces.
Par exemple, dans la période de sa première alliance avec le Parti communiste, le Kuomintang se trouvait en contradiction avec les impérialistes étrangers, ce qui l'amena à s'opposer à l'impérialisme; d'autre part, il se trouvait en contradiction avec les masses populaires à l'intérieur du pays - bien qu'en paroles il fît toutes sortes de promesses mirifiques aux travailleurs, il ne leur accordait en fait que très peu de choses, voire rien du tout. Au cours de sa guerre anticommuniste, il collabora avec l'impérialisme et le féodalisme pour s'opposer aux masses populaires, supprima d'un trait de plume tous les droits que celles-ci avaient conquis pendant la révolution, rendant ainsi plus aiguës ses contradictions avec les masses populaires. Dans la période actuelle de résistance au Japon, il a besoin, en raison de ses contradictions avec l'impérialisme japonais, de s'allier avec le Parti communiste, sans toutefois mettre un frein ni à sa lutte contre le Parti communiste et le peuple ni à l'oppression qu'il exerce sur eux.
Quant au Parti communiste, il a toujours été, dans n'importe quelle période, aux côtés des masses populaires pour lutter contre l'impérialisme et le féodalisme; mais dans la période actuelle de résistance au Japon, il a adopté une politique modérée à l'égard du Kuomintang et des forces féodales du pays, étant donné que le Kuomintang s'est prononcé pour la résistance au Japon. Ces circonstances ont donné lieu tantôt à une alliance tantôt à une lutte entre les deux partis, ceux-ci étant, d'ailleurs, même en période d'alliance, dans une situation complexe à la fois d'alliance et de lutte. Si nous n'étudions pas les particularités de ces aspects contradictoires, nous ne pourrons comprendre ni les rapports respectifs des deux partis avec les autres forces, ni les relations entre les deux partis eux-mêmes.
Il s'ensuit que lorsque nous étudions le caractère spécifique de n'importe quelle contradiction - la contradiction propre à chaque forme de mouvement de la matière, la contradiction propre à chaque forme de mouvement dans chacun de ses processus de développement, les deux aspects de la contradiction dans chaque processus de développement, la contradiction à chaque étape d'un processus de développement, et les deux aspects de la contradiction à chacune de ces étapes - bref, lorsque nous étudions le caractère spécifique de toutes ces contradictions, nous ne devons pas nous montrer subjectifs et arbitraires, mais en faire une analyse concrète.
Sans analyse concrète, impossible de connaître le caractère spécifique de quelque contradiction que ce soit. Nous devons toujours nous rappeler les paroles de Lénine: analyse concrète d'une situation concrète.
Marx et Engels ont été les premiers à nous donner de magnifiques exemples de ce genre d'analyse concrète.
Lorsque Marx et Engels ont appliqué la loi de la contradiction inhérente aux choses et aux phénomènes à l'étude du processus de l'histoire de la société, ils ont découvert la contradiction existant entre les forces productives et les rapports de production, la contradiction entre la classe des exploiteurs et celle des exploités, ainsi que la contradiction qui en résulte entre la base économique et sa superstructure (politique, idéologie, etc.); et ils ont découvert comment ces contradictions engendrent inévitablement différentes sortes de révolutions sociale
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De la pratique(1937)
La relation entre la connaissance et la pratique - le savoir et l'action.
II a existé dans notre Parti des camarades, tenants du dogmatisme, qui, pendant longtemps, ont rejeté l'expérience de la révolution chinoise, nié cette vérité que " le marxisme n'est pas un dogme, mais un guide pour l'action ", et n'ont fait qu'effrayer les gens à l'aide de mots et de phrases isolés, extraits au petit bonheur des textes marxistes.Il a existé également d'autres camarades, tenants de l'empirisme, qui, pendant longtemps, se sont cramponnés à leur expérience personnelle, limitée, sans comprendre l'importance de la théorie pour la pratique révolutionnaire ni voir la situation de la révolution dans son ensemble. Ils ont eu beau travailler avec zèle, leur travail se faisait à l'aveuglette.
Les conceptions erronées de ces deux groupes de camarades, en particulier les conceptions dogmatiques, ont causé, au cours des années 1931-1934, un préjudice énorme à la révolution chinoise.
En outre, les dogmatiques, parés de la toge marxiste, ont induit en erreur nombre de nos camarades.
Le présent ouvrage a pour but de dénoncer, en partant des positions de la théorie marxiste de la connaissance, les erreurs subjecti-vtstes commises par les partisans du dogmatisme et de l'empirisme, et en particulier du dogmatisme, au sein de notre Parti.
Comme l'accent est mis sur la dénonciation de cette variété du subjectivisme, le dogmatisme, qui méprise la pratique, cet ouvrage est intitulé De la pratique.
Les conceptions développées ici par Mao Tsé-toung ont été exposées dans un cycle de conférences qu'il a faites à l'Ecole militaire et politique antijaponaise de Yenan, en juillet 1937.
Le matérialisme prémarxiste considérait le problème de la connaissance sans tenir compte de la nature sociale des hommes, sans tenir compte du développement historique de l'humanité et, pour cette raison, il était impuissant à comprendre que la connaissance dépend de la pratique sociale, c'est-à-dire qu'elle dépend de la production et de la lutte des classes.
Les marxistes estiment, au premier chef, que l'activité de production des hommes constitue la base même de leur activité pratique, qu'elle détermine toute autre activité.Dans leur connaissance, les hommes dépendent essentiellement de leur activité de production matérielle, au cours de laquelle ils appréhendent progressivement les phénomènes de la nature, ses propriétés, ses lois, ainsi que les rapports de l'homme avec la nature ; et par leur activité de production, ils apprennent également à connaître, à des degrés différents et d'une manière progressive, les rapports déterminés existant entre les hommes.
De toutes ces connaissances, aucune ne saurait s'acquérir en dehors de l'activité de production.
Dans la société sans classes, tout individu, en tant que membre de cette société, joint ses efforts à ceux des autres membres, entre avec eux dans des rapports de production déterminés et se livre à l'activité de production en vue de résoudre les problèmes relatifs à la vie matérielle des hommes.
Dans les sociétés de classes, les membres des différentes classes entrent également, sous des formes variées, dans des rapports de production déterminés, se livrent à une activité de production dirigée vers la solution des problèmes relatifs à la vie matérielle des hommes.
C'est là l'origine même du développement de la connaissance humaine.
La pratique sociale des hommes ne se limite pas à la seule activité de production ; elle revêt encore beaucoup d'autres formes : lutte des classes, vie politique, activités scientifiques et artistiques ; bref, en tant qu'être social, l'homme participe à tous les domaines de la vie pratique de la société.C'est ainsi que dans son effort de connaissance, il appréhende, à des degrés divers, non seulement dans la vie matérielle, mais également dans la vie politique et culturelle (qui est étroitement liée à la vie matérielle), les différents rapports entre les hommes.
Parmi ces autres formes de pratique sociale, la lutte des classes, sous ses diverses manifestations, exerce en particulier une influence profonde sur le développement de la connaissance humaine.
Dans la société de classes, chaque homme occupe une position de classe déterminée et il n'existe aucune pensée qui ne porte une empreinte de classe.
Les marxistes estiment que l'activité de production de la société humaine se développe pas à pas, des degrés inférieurs aux degrés supérieurs ; en conséquence, la connaissance qu'ont les hommes, soit de la nature soit de
la société, se développe aussi pas à pas, de l'inférieur au supérieur, c'est-à-dire du superficiel à ce qui est en profondeur, de l'unilatéral au multilatéral.Au cours d'une très longue période historique, les hommes n'ont pu comprendre l'histoire de la société que d'une manière unilatérale, parce que, d'une part, les préjugés des classes exploiteuses déformaient constamment l'histoire de la société, et que, d'autre part, l'échelle réduite de la production limitait l'horizon des hommes.
C'est seulement lorsque le prolétariat moderne est apparu en même temps que des forces productives gigantesques - la grande industrie - que les hommes ont pu atteindre à une compréhension historique complète du développement de la société et transformer cette connaissance en une science, la science marxiste.
Les marxistes estiment que les hommes n'ont d'autre critère de la vérité de leur connaissance du monde extérieur que leur pratique sociale.Car, en fait, c'est seulement en arrivant, dans la pratique sociale (dans le processus de la production matérielle, de la lutte des classes, des expériences scientifiques), aux résultats qu'ils attendent que les hommes reçoivent la confirmation de la vérité de leurs connaissances.
S'ils veulent obtenir des succès dans leur travail, c'est-à-dire arriver aux résultats attendus, ils doivent faire en sorte que leurs idées correspondent aux lois du monde extérieur objectif ; si tel n'est pas le cas, ils échouent dans la pratique.
Après avoir subi un échec, ils en tirent la leçon, modifient leurs idées de façon à les faire correspondre aux lois du monde extérieur et peuvent ainsi transformer l'échec en succès ; c'est ce qu'expriment les maximes : " La défaite est la mère du succès " et " Chaque insuccès nous rend plus avisés".
La théorie matérialiste-dialectique de la connaissance met la pratique à la première place ; elle estime que la connaissance humaine ne peut, en aucune manière, être coupée de la pratique et rejette toutes ces théories erronées qui nient l'importance de la pratique et coupent la connaissance de la pratique.
Lénine a dit : " La pratique est supérieure à la connaissance (théorique), car elle a la dignité non seulement du général, mais du réel immédiat (1). "
La philosophie marxiste - le matérialisme dialectique - a deux particularités évidentes. La première, c'est son caractère de classe : elle affirme ouvertement que le matérialisme dialectique sert le prolétariat ; la seconde, c'est son caractère pratique : elle met l'accent sur le fait que la théorie dépend de la pratique, que la théorie se fonde sur la pratique et, à son tour, sert la pratique.
La vérité d'une connaissance ou d'une théorie est déterminée non par une appréciation subjective, mais par les résultats objectifs de la pratique sociale.
Le critère de la vérité ne peut être que la pratique sociale. Le point de vue de la pratique, c'est le point de vue premier, fondamental de la théorie matérialiste-dialectique de la connaissance (2).
Mais de quelle manière la connaissance humaine naît-elle de la pratique et comment sert-elle, à son tour, la pratique ?
Pour le comprendre, il suffit d'examiner le processus de développement de la connaissance.
Dans le processus de leur activité pratique, les hommes ne voient, au début, que les côtés apparents des choses et des phénomènes, leurs aspects isolés et leur liaison externe.Par exemple, des gens de l'extérieur sont venus enquêter à Yenan.
Le premier jour ou les deux premiers jours, ils ont vu la ville, sa topographie, ses rues et ses maisons, ils sont entrés en contact avec beaucoup de personnes, ont assisté à des réceptions, des soirées, des meetings, entendu différentes interventions, lu divers documents ; ce sont là les côtés apparents et des aspects isolés des phénomènes, avec leur liaison externe.
Ce degré du processus de la connaissance se nomme le degré de la perception sensible, c'est-à-dire le degré des sensations et des représentations.
En agissant sur les organes des sens des membres du groupe d'enquête, ces différents phénomènes rencontrés à Yenan ont provoqué des sensations et fait surgir dans leur cerveau toute une série de représentations, entre lesquelles s'est établi un lien approximatif, une liaison externe : tel est le premier degré de la connaissance.
A ce degré, les hommes ne peuvent encore élaborer des concepts, qui se situent à un niveau plus profond, ni tirer des conclusions logiques.
La continuité de la pratique sociale amène la répétition multiple de phénomènes qui suscitent chez les hommes des sensations et des représentations.
C'est alors qu'il se produit dans leur cerveau un changement soudain (un bond) dans le processus de la connaissance, et le concept surgit.
Le concept ne reflète plus seulement l'apparence des choses, des phénomènes, leurs aspects isolés, leur liaison externe, il saisit les choses et les phénomènes dans leur essence, dans leur ensemble, dans leur liaison interne.
Entre le concept et la sensation, la différence n'est pas seulement quantitative mais qualitative.
En allant plus loin dans cette direction, à l'aide du jugement, de la déduction, on peut aboutir à des conclusions logiques.
L'expression du San kouo yen yi (3) : " II suffit de froncer les sourcils et un stratagème vient à l'esprit " ou celle du langage ordinaire : " Laissez-moi réfléchir " signifient que l'homme opère intellectuellement à l'aide de concepts, afin de porter des jugements et de faire des déductions. C'est là le second degré de la connaissance.
Les membres du groupe d'enquête qui sont venus chez nous, après avoir réuni un matériel varié et y avoir " réfléchi ", pourront porter le jugement suivant : " La politique de front uni national contre le Japon, appliquée par le Parti communiste, est conséquente, sincère et honnête. "
S'ils sont, avec la même honnêteté, partisans de l'unité pour le salut de la nation, ils pourront, partant de ce jugement, aller plus loin et tirer la conclusion suivante : " Le front uni national contre le Japon peut réussir. "
Dans le processus général de la connaissance par les hommes d'un phénomène, ce degré des concepts, des jugements et des déductions apparaît comme le degré le plus important, celui de la connaissance rationnelle.
La tâche véritable de la connaissance consiste à s'élever de la sensation à la pensée, à s'élever jusqu'à la compréhension progressive des contradictions internes des choses, des phénomènes tels qu'ils existent objectivement, jusqu'à la compréhension de leurs lois, de la liaison interne des différents processus, c'est-à-dire qu'elle consiste à aboutir à la connaissance logique.
Nous le répétons : La connaissance logique diffère de la connaissance sensible, car celle-ci embrasse des aspects isolés des choses, des phénomènes, leurs côtés apparents, leur liaison externe, alor que la connaissance logique, faisant un grand pas en avant, embrasse les choses et les phénomènes en entier, leur essence et leur liaison interne, s'élève jusqu'à la mise en évidence des contradictions internes du monde qui nous entoure, et par là même est capable de saisir le développement de ce monde dans son intégrité, dans la liaison interne de tous ses aspects.
Une telle théorie, matérialiste-dialectique, du processus de développement de la connaissance, fondée sur la pratique, allant du superficiel à ce qui est en profondeur, était inconnue avant le marxisme.C'est le matérialisme marxiste qui, pour la première fois, a résolu correctement ce problème, en mettant en évidence, de façon matérialiste et dialectique, le mouvement d'approfondissement de la connaissance, mouvement par lequel les hommes, dans la société, passent de la connaissance sensible à la connaissance logique au cours de leur pratique, complexe et sans cesse répétée, de la production et de la lutte des classes.
Lénine a dit : " Les abstractions de matière, de loi naturelle, l'abstraction de valeur, etc., en un mot toutes les abstractions scientifiques (justes, sérieuses, pas arbitraires) reflètent la nature plus profondément, plus fidèlement, plus complètement (4). "
Le marxisme-léninisme estime que les deux degrés du processus de la connaissance ont ceci de particulier qu'au degré inférieur la connaissance intervient en tant que connaissance sensible, au degré supérieur en tant que connaissance logique, mais que ces deux degrés constituent les degrés d'un processus unique de la connaissance.
La connaissance sensible et la connaissance rationnelle diffèrent qualitativement, elles ne sont toutefois pas coupées l'une de l'autre, mais unies sur la base de la pratique.
Comme le prouve notre pratique, ce que nous avons perçu par les sens ne peut être immédiatement compris par nous, et seul ce que nous avons bien compris peut être senti d'une manière plus profonde.
La perception ne peut résoudre que le problème des apparenées des choses et des phénomènes ; le problème de l'essence, lui, ne peut être résolu que par la théorie.
La solution de ces problèmes ne peut être obtenue en aucune façon en dehors de la pratique.
Quiconque veut connaître un phénomène ne peut y arriver sans se mettre en contact avec lui, c'est-à-dire sans vivre (se livrer à la pratique) dans le milieu même de ce phénomène.
On ne pouvait connaître d'avance, alors que la société était encore féodale, les lois de la société capitaliste, puisque le capitalisme n'était pas encore apparu et que la pratique correspondante faisait défaut.
Le marxisme ne pouvait être que le produit de la société capitaliste.
A l'époque du capitalisme libéral, Marx ne pouvait connaître d'avance, concrètement, certaines lois propres à l'époque de l'impérialisme, puisque l'impérialisme, stade suprême du capitalisme, n'était pas encore apparu et que la pratique correspondante faisait défaut ; seuls Lénine et Staline purent assumer cette tâche.
Si Marx, Engels, Lénine et Staline ont pu élaborer leurs théories, ce fut surtout, abstraction faite de leur génie, parce qu'ils se sont engagés personnellement dans la pratique de la lutte de classes et de l'expérience scientifique de leur temps; sans cette condition, aucun génie n'aurait pu y réussir.
" Sans sortir de chez lui, un sieoutsai(5) peut savoir tout ce qui se passe sous le soleil " n'était qu'une phrase vide dans les temps anciens où la technique n'était pas développée ; bien qu'à notre époque de technique développée cela soit réalisable, ceux qui acquièrent vraiment du savoir par eux-mêmes sont, dans le monde entier, ceux qui sont liés à la pratique.
Et c'est seulement lorsque ces derniers auront acquis du " savoir " par la pratique et que leur savoir lui aura été transmis au moyen de l'écriture et de la technique que le sieoutsai pourra, indirectement, " savoir tout ce qui se passe sous le soleil ".
Pour connaître directement tel phénomène ou tel ensemble de phénomènes, il faut participer personnellement à la lutte pratique qui vise à transformer la réalité, à transformer ce phénomène ou cet ensemble de phénomènes, car c'est le seul moyen d'entrer en contact avec eux en tant qu'apparences ; de même, c'est là le seul moyen de découvrir l'essence de ce phénomène ou de cet ensemble de phénomènes, et de les comprendre.
Tel est le processus de connaissance que suit tout homme dans la réalité, bien que certaines gens, déformant à dessein les faits, prétendent le contraire.
Les plus ridicules sont ceux qu'on appelle les " je-sais-tout " et qui, n'ayant que des connaissances occasionnelles, fragmentaires, se proclament les " premières autorités du monde ", ce qui témoigne tout simplement de leur fatuité. Les connaissances, c'est la science, et la science ne saurait admettre la moindre hypocrisie, la moindre présomption ; ce qu'elle exige, c'est assurément le contraire : l'honnêteté et la modestie.
Si l'on veut acquérir des connaissances, il faut prendre part à la pratique qui transforme la réalité.
Si l'on veut connaître le goût d'une poire, il faut la transformer : en la goûtant.
Si l'on veut connaître la structure et les propriétés de l'atome, il faut procéder à des expériences physiques et chimiques, changer l'état de l'atome.
Si l'on veut connaître la théorie et les méthodes de la révolution, il faut prendre part à la révolution. Toutes les connaissances authentiques sont issues de l'expérience immédiate.
Toutefois, on ne peut avoir en toutes choses une expérience directe ; en fait, la majeure partie de nos connaissances sont le produit d'une expérience indirecte, par exemple toutes les connaissances que nous tenons des siècles passés et des pays étrangers.
Pour nos ancêtres, pour les étrangers, elles ont été, ou elles sont, le produit de leur expérience directe, et elles sont sûres si au moment où elles ont fait l'objet d'une expérience directe, elles ont répondu à l'exigence de l'"abstraction scientifique " dont parle Lénine et ont reflété scientifiquement la réalité objective ; dans le cas contraire, elles ne le sont pas.
C'est pourquoi les connaissances d'un homme se composent uniquement de deux parties : les données de l'expérience directe et les données de l'expérience indirecte.
Et ce qui est pour moi expérience indirecte reste pour d'autres expérience directe.
Il s'ensuit que, prises dans leur ensemble, les connaissances de quelque ordre que ce soit sont inséparables de l'expérience directe.
La source de toutes les connaissances réside dans les sensations reçues du monde extérieur objectif par les organes des sens de l'homme ; celui qui nie la sensation, qui nie l'expérience directe, qui nie la participation personnelle à la pratique destinée à transformer la réalité n'est pas un matérialiste.
C'est la raison pour laquelle les " je-sais-tout " sont si ridicules. Il y a un vieux proverbe chinois : " Si l'on ne pénètre pas dans la tanière du tigre, comment peut-on capturer ses petits ?"
Ce proverbe est vrai pour la pratique humaine, il l'est également pour la théorie de la connaissance. La connaissance coupée de la pratique est inconcevable.
Pour mettre en évidence le mouvement matérialiste-dialectique de la connaissance - mouvement de l'approfondissement progressif de la connaissance - qui surgit sur la base de la pratique transformant la réalité, nous allons donner encore quelques exemples concrets.
Dans la période initiale de sa pratique, période de la destruction des machines et de la lutte spontanée, le prolétariat ne se trouvait, dans sa connaissance de la société capitaliste, qu'au degré de la connaissance sensible et n'appréhendait que des aspects isolés et la liaison externe des différents phénomènes du capitalisme.Il n'était encore que ce qu'on appelle une " classe en soi ".
Mais dès la seconde période de sa pratique, période de la lutte économique et politique consciente et organisée, du fait de son activité pratique, de son expérience acquise au cours d'une lutte prolongée, expérience qui fut généralisée scientifiquement par Marx et Engels et d'où naquit la théorie marxiste qui servit à l'éduquer, il fut à même de comprendre l'essence de la société capitaliste, les rapports d'exploitation entre les classes sociales, ses propres tâches historiques, et devint alors une " classe pour soi ".
C'est la même voie que suivit le peuple chinois dans sa connaissance de l'impérialisme. Le premier degré fut celui de la connaissance sensible, superficielle, tel qu'il fut marqué, à l'époque des mouvements des Taiping (6), des Yihotouan (7) et autres, par la lutte sans discrimination contre les étrangers.
Le second degré seulement fut celui de la connaissance rationnelle, lorsque le peuple chinois discerna les différentes contradictions internes et externes de l'impérialisme, lorsqu'il discerna l'essence de l'oppression et de l'exploitation exercées sur les larges masses populaires de Chine par l'impérialisme qui s'était allié avec la bourgeoisie compradore et la classe féodale chinoises ; cette connaissance ne commença qu'avec la période du Mouvement du 4 Mai 1919 (8).
Considérons maintenant la guerre. Si la guerre était dirigée par des gens sans expérience dans ce domaine, ils ne pourraient, au premier degré, comprendre les lois profondes qui régissent la conduite d'une guerre donnée (telle notre Guerre révolutionnaire agraire des dix dernières années).Au premier degré, ils ne pourraient acquérir que l'expérience d'un grand nombre de combats dont beaucoup, du reste, se termineraient pour eux par des défaites.
Néanmoins, cette expérience (l'expérience des victoires et surtout des défaites) leur permettrait de comprendre l'enchaînement interne de toute la guerre, c'est-à-dire les lois de cette guerre déterminée, d'en comprendre la stratégie et la tactique et, par là même, de la diriger avec assurance.
Si, à un tel moment, la direction de la guerre passait à un homme dépourvu d'expérience, celui-c aurait, à son tour, à subir un certain nombre de défaites (c'est-à-dire à acquérir de l'expérience) avant de bien comprendre les lois réelles de la guerre.
Il nous arrive souvent d'entendre des camarades, qui hésitent à se charger de tel ou tel travail, déclarer qu'ils craignent de ne pouvoir s'en acquitter. Pourquoi ce manque d'assurance ?
Parce qu'ils n'ont pas saisi le contenu et les conditions de ce travail selon les lois qui les régissent, ou bien ils n'ont jamais eu l'occasion de s'occuper d'un tel travail ou bien ils ne l'ont eue que rarement ; il ne peut donc être question pour eux d'en connaître les lois.Mais lorsqu'on aura fait devant eux une analyse détaillée de la nature et des conditions du travail, ils commenceront à être plus sûrs d'eux-mêmes et accepteront de s'en charger.
Si, au bout d'un certain temps consacré à ce travail, ils acquièrent de l'expérience, et s'ils veulent bien, sans parti pris, examiner à fond l'état de la situation, au lieu de considérer les choses d'une manière subjective, unilatérale et superficielle, ils seront capables de tirer par eux-mêmes les conclusions concernant la manière dont il convient de s'y prendre, et ils se mettront à travailler avec bien plus d'assurance.
Seuls les gens qui ont une vue subjective, unilatérale et superficielle des problèmes se mêlent de donner présomptueusement des ordres ou des instructions dès qu'ils arrivent dans un endroit nouveau, sans s'informer de l'état de la situation, sans chercher à voir les choses dans leur ensemble (leur histoire et leur état présent considéré comme un tout) ni à en pénétrer l'essence même (leur caractère et leur liaison interne) ; il est inévitable que de telles gens trébuchent.
Il apparaît, en conséquence, que le premier pas dans le processus de la connaissance, c'est le contact avec le monde extérieur : le degré des sensations.Le second, c'est la synthèse des données fournies par les sensations, leur mise en ordre et leur élaboration : le degré des concepts, des jugements et des déductions.
C'est seulement lorsque les données sensibles sont en grand nombre (et non pas fragmentaires, incomplètes), conformes à la réalité (et non pas illusoires), qu'il est possible, sur la base de ces données, d'élaborer des concepts corrects, une logique juste.
Il faut souligner ici deux points importants.Le premier, dont il a été question précédemment et sur lequel il convient de revenir une fois de plus, est la dépendance de la connaissance rationnelle à l'égard de la connaissance sensible.
Toute personne qui considère que la connaissance rationnelle peut ne pas provenir de la connaissance sensible est un idéaliste.
L'histoire de la philosophie a connu une école " rationaliste " qui n'admet que la réalité de la raison et nie celle de l'expérience, qui croit que l'on ne peut se fonder que sur la raison et non sur l'expérience sensible ; l'erreur de cette école est d'avoir interverti l'ordre des choses.
Si l'on peut se fier aux données de la connaissance rationnelle, c'est justement parce qu'elles découlent des données de la perception sensible ; autrement, elles deviendraient un fleuve sans source, un arbre sans racines, elles seraient quelque chose de subjectif, qui naîtrait de soi-même et auquel on ne pourrait se fier.
Du point de vue de l'ordre du processus de la connaissance, l'expérience sensible est la donnée première, et nous soulignons l'importance de la pratique sociale dans le processus de la connaissance, car c'est seulement sur la base de la pratique sociale de l'homme que peut naître chez lui la connaissance, qu'il peut acquérir l'expérience sensible issue du monde extérieur objectif.
Pour un homme qui se serait bouché les yeux et les oreilles, qui se couperait complètement du monde extérieur objectif, il ne pourrait être question de connaissance.
La connaissance commence avec l'expérience, c'est là le matérialisme de la théorie de la connaissance.
Le second point, c'est la nécessité d'approfondir la connaissance, la nécessité de passer du degré de la connaissance sensible au degré de la connaissance rationnelle, telle est la dialectique de la théorie de la connaissance (9).
Estimer que la connaissance peut s'arrêter au degré inférieur, celui de la connaissance sensible, estimer qu'on ne peut se fier qu'à la connaissance sensible et non à la connaissance rationnelle, c'est répéter les erreurs, connues dans l'histoire, de 1' " empirisme ".
Les erreurs de cette théorie consistent à ne pas comprendre que, tout e;n étant le reflet de certaines réalités du monde objectif (je ne parlerai pas ici de cet empirisme idéaliste qui limite l'expérience à ce qu'on appelle l'introspection), les données de la perception sensible n'en sont pas moins unilatérales, superficielles, que ce reflet est incomplet, qu'il ne traduit pas l'essence des choses.
Pour refléter pleinement une chose dans sa totalité, pour refléter son essence et ses lois internes, il faut procéder à une opération intellectuelle en soumettant les riches données de la perception sensible à une élaboration qui consiste à rejeter la balle pour garder le grain, à éliminer ce qui est fallacieux pour conserver le vrai, à passer d'un aspect des phénomènes à l'autre, du dehors au dedans, de façon à créer un système de concepts et de théories ; il faut sauter de la connaissance sensible à la connaissance rationnelle.Cette élaboration ne rend pas nos connaissances moins complètes, moins sûres.
Au contraire, tout ce qui, dans le processus de la connaissance, a été soumis à une élaboration scientifique sur la base de la pratique, reflète, comme le dit Lénine, d'une manière plus profonde, plus fidèle, plus complète, la réalité objective.
C'est ce que ne comprennent pas les " praticiens " vulgaires qui s'inclinent devant l'expérience et dédaignent la théorie, si bien qu'ils ne peuvent embrasser le processus objectif dans son ensemble, n'ont ni clarté d'orientation ni vastes perspectives et s'enivrent de leurs succès occasionnels et de leurs vues étroites.
Si ces gens dirigeaient la révolution, ils la conduiraient dans une impasse.
La connaissance rationnelle dépend de la connaissance sensible et celle-ci doit se développer en connaissance rationnelle, telle est la théorie matérialiste-dialectique de la connaissance.
En philosophie, ni le " rationalisme " ni l'" empirisme " ne comprennent le caractère historique ou dialectique de la connaissance, et, bien que ces théories recèlent l'une comme l'autre un aspect de la vérité (il s'agit du rationalisme et de l'empirisme matérialistes et non idéalistes), elles sont toutes deux erronées du point de vue de la théorie de la connaissance considérée dans son ensemble.
Le mouvement matérialiste-dialectique de la connaissance, qui va du sensible au rationnel, intervient aussi bien dans le processus de la connaissance du petit (par exemple, la connaissance d'une chose, d'un travail quelconque) que dans le processus de la connaissance du grand (par exemple, la connaissance de telle ou telle société, de telle ou telle révolution).
Néanmoins, le mouvement de la connaissance ne s'achève pas là.Si on arrêtait le mouvement matérialiste-dialectique de la connaissance à la connaissance rationnelle, on n'aurait parlé que de la moitié du problème, et même, du point de vue de la philosophie marxiste, de cette moitié qui n'est pas la plus importante. La philosophie marxiste estime que l'essentiel, ce n'est pas de comprendre les lois du monde objectif pour être en état de l'expliquer, mais c'est d'utiliser la connaissance de ces lois pour transformer activement le monde.
Du point de vue marxiste, la théorie est importante, et son importance s'exprime pleinement dans cette parole de Lénine : " Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire (10). "
Mais le marxisme accorde une grande importance à la théorie justement et uniquement parce qu'elle peut être un guide pour l'action.
Si, étant arrivé à une théorie juste, on se contente d'en faire un sujet de conversation pour la laisser ensuite de côté, sans la mettre en pratique, cette théorie, si belle qu'elle puisse être, reste sans intérêt.
La connaissance commence avec la pratique ; quand on a acquis par la pratique des connaissances théoriques, on doit encore retourner à la pratique.
Le rôle actif de la connaissance ne s'exprime pas seulement dans le bond actif de la connaissance sensible à la connaissance rationnelle, mais encore, ce qui est plus important, il doit s'exprimer dans le bond de la connaissance rationnelle à la pratique révolutionnaire.
Ayant acquis la connaissance des lois du monde, on doit la diriger de nouveau vers la pratique de la transformation du monde, l'appliquer de nouveau dans la pratique de la production, dans la pratique de la lutte révolutionnaire de classe et de la lutte révolutionnaire pour la libération de la nation, de même que dans la pratique de l'expérience scientifique.
Tel est le processus de vérification et de développement de la théorie, le prolongement de tout le processus de la connaissance.
La question de savoir si une théorie correspond à la vérité objective n'est pas et ne peut être résolue entièrement dans le mouvement de la connaissance sensible à la connaissance rationnelle dont il a été parlé plus haut.
Pour résoudre complètement cette question, il est nécessaire de diriger de nouveau la connaissance rationnelle vers la pratique sociale, d'appliquer la théorie dans la pratique et de voir si elle peut conduire au but fixé.
Nombre de théories des sciences de la nature sont reconnues vraies non seulement parce qu'elles ont été considérées comme telles lorsque des savants les ont élaborées, mais parce qu'elles se sont vérifiées ensuite dans la pratique scientifique.
De même, le marxisme-léninisme est reconnu comme vérité non seulement parce que cette doctrine a été scientifiquement élaborée par Marx, Engels, Lénine et Staline, mais parce qu'elle a été confirmée par la pratique ultérieure de la lutte révolutionnaire de classe et de la lutte révolutionnaire pour la libération de la nation.
Le matérialisme dialectique est une vérité générale parce que personne, dans sa pratique, ne peut sortir de ce cadre.
L'histoire de la connaissance humaine nous apprend que de nombreuses théories étaient d'une vérité incomplète, et que c'est leur vérification dans la pratique qui a permis de la compléter.Nombre de théories étaient erronées, et c'est leur vérification dans la pratique qui a permis d'en corriger les erreurs.
C'est pourquoi la pratique est le critère de la vérité. " Le point de vue de la vie, de la pratique, doit être le point de vue premier, fondamental de la théorie de la connaissance (11). "
Staline s'est exprimé d'une manière remarquable à ce sujet :
" ... la théorie devient sans objet si elle n'est pas rattachée à la pratique révolutionnaire ; de même, exactement, que la pratique devient aveugle si sa voie n'est pas éclairée par la théorie révolutionnaire (12). "
Est-ce là que s'achève le mouvement de la connaissance ?
Nous répondons oui et non. Quand l'homme, dans la société, s'adonne à une activité pratique en vue de la modification d'un processus objectif déterminé (qu'il soit naturel ou social) à un degré déterminé de son développement, il peut, grâce au reflet du processus objectif dans son cerveau et à sa propre activité subjective, passer de la connaissance sensible à la connaissance rationnelle, élaborer des idées, des théories, des plans ou des projets qui correspondent, dans l'ensemble, aux lois de ce processus objectif ; il peut ensuite appliquer ces idées, théories, plans ou projets à la pratique de la modification du même processus objectif ; s'il parvient au but fixé, c'est-à-dire s'il réussit, dans la pratique de ce processus, à réaliser, au moins dans leurs grands traits, les idées, théories, plans ou projets préalablement élaborés, le mouvement de la connaissance de ce processus déterminé peut alors être considéré comme achevé.Par exemple, dans le processus de modification de la nature, la réalisation d'un plan de construction, la confirmation d'une hypothèse scientifique, la création d'un mécanisme, la récolte d'une plante cultivée, ou bien, dans le processus de modification de la société, le succès d'une grève, la victoire dans une guerre, l'accomplissement d'un programme d'enseignement, signifient que chaque fois le but fixé a été atteint.
Néanmoins, d'une manière générale, il est rare, tant dans la pratique d'une modification de la nature que dans celle d'une modification de la société, que les idées, théories, plans ou projets, préalablement élaborés par les hommes, se trouvent réalisés sans subir le moindre changement.
C'est que les gens qui transforment la réalité sont constamment soumis à de multiples limitations : ils sont limités non seulement par les conditions scientifiques et techniques, mais encore par le développement du processus objectif lui-même et le degré auquel il se manifeste (les aspects et l'essence du processus objectif n'étant pas encore complètement mis en évidence).
Dans une telle situation, par suite de l'apparition dans la pratique de circonstances imprévues, les idées, théories, plans ou projets se trouvent souvent partiellement et parfois même entièrement modifiés.
En d'autres termes, il arrive que les idées, théories, plans ou projets, tels qu'ils ont été élaborés à l'origine, ne correspondent pas à la réalité, soit partiellement soit totalement, et se trouvent être, partiellement ou totalement erronés.
Bien souvent, c'est seulement après des échecs répétés qu'on réussit à éliminer l'erreur, à se conformer aux lois du processus objectif, à transformer ainsi le subjectif en objectif, c'est-à-dire à parvenir, dans la pratique, aux résultats attendus.
En tout cas, c'est à ce moment que le mouvement de la connaissance des hommes concernant un processus objectif déterminé, à un degré déterminé de son développement, peut être considéré comme achevé.
Toutefois, si l'on considère le processus dans son développement, le mouvement de la connaissance humaine ne s'achève pas là.Tout processus, qu'il soit naturel ou social, progresse et se développe en raison de ses contradictions et luttes internes, et le mouvement de la connaissance humaine doit également progresser et se développer en conséquence.
S'il s'agit d'un mouvement social, les véritables dirigeants révolutionnaires doivent non seulement savoir corriger les erreurs qui apparaissent dans leurs idées, théories, plans ou projets, comme cela a été dit précédemment, il faut encore, lorsqu'un processus objectif progresse et passe d'un degré de son développement à un autre, qu'ils soient aptes, eux-mêmes et tous ceux qui participent à la révolution avec eux, à suivre ce progrès et ce passage dans leur connaissance subjective, c'est-à-dire qu'ils doivent faire en sorte que les nouvelles tâches révolutionnaires et les nouveaux projets de travail proposés correspondent aux nouvelles modifications de la situation.
Dans une période révolutionnaire, la situation change très vite ; si les révolutionnaires n'adaptent pas rapidement leur connaissance à la situation, ils seront incapables de faire triompher la révolution.
Il arrive souvent, néanmoins, que les idées retardent sur la réalité, et cela parce que la connaissance humaine se trouve limitée par de nombreuses conditions sociales.Nous luttons dans nos rangs révolutionnaires contre les entêtés dont les idées ne suivent pas le rythme des modifications de la situation objective, ce qui, dans l'histoire, s'est manifesté sous la forme de l'opportunisme de droite.
Ces gens ne voient pas que la lutte des contraires a déjà fait avancer le processus objectif alors que leur connaissance en reste encore au degré précédent.
Cette particularité est propre aux idées de tous les entêtés. Leurs idées sont coupées de la pratique sociale, et ils ne savent pas marcher devant le char de la société pour le guider, ils ne font que se traîner derrière, se plaignant qu'il aille trop vite et essayant de le ramener en arrière ou de le faire rouler en sens inverse.
Nous sommes également contre les phraseurs " de gauche ".
Leurs idées s'aventurent au-delà d'une étape de développement déterminée du processus objectif : les uns prennent leurs fantaisies pour des réalités, d'autres essaient de réaliser de force, dans le présent, des idéaux qui ne sont réalisables que dans l'avenir ; leurs idées, coupées de la pratique actuelle de la majorité des gens, coupées de la réalité actuelle, se traduisent dans l'action par l'aventurisme.
L'idéalisme et le matérialisme mécaniste, l'opportunisme et l'aventurisme se caractérisent par la rupture entre le subjectif et l'objectif, par la séparation de la connaissance et de la pratique.La théorie marxiste-léniniste de la connaissance, qui se distingue par la pratique sociale scientifique, doit forcément livrer un combat résolu contre ces conceptions erronées.
Les marxistes reconnaissent que, dans le processus général, absolu du développement de l'univers, le développement de chaque processus particulier est relatif, et que, par conséquent, dans le flot infini de la vérité absolue, la connaissance qu'ont les hommes d'un processus particulier à chaque degré de son développement n'est qu'une vérité relative. De la somme d'innombrables vérités relatives se constitue la vérité absolue (13).
Dans son développement, un processus objectif est plein de contradictions et de luttes, il en est de même d'un mouvement de la connais-sance humaine.
Tout mouvement dialectique dans le monde objectif trouve, tôt ou tard, son reflet dans la connaissance humaine.
Dans la pratique sociale, le processus d'apparition, de développement et de disparition est infini, également infini est le processus d'apparition, de développement et de disparition dans la connaissance humaine.
Puisque la pratique des hommes, qui transforme la réalité objective suivant des idées, des théories, des plans, des projets déterminés, avance toujours, leur connaissance de la réalité objective n'a pas de limites.
Le mouvement de transformation, dans le monde de la réalité objective, n'a pas de fin, et l'homme n'a donc jamais fini de connaître la vérité dans le processus de la pratique.
Le marxisme-léninisme n'a nullement épuisé la vérité ; sans cesse, dans la pratique, il ouvre la voie à la connaissance de la vérité. Notre conclusion est l'unité historique, concrète, du subjectif et de l'objectif, de la théorie et de la pratique, du savoir et de l'action ; nous sommes contre toutes les conceptions erronées, " de gauche " ou de droite, coupées de l'histoire concrète.
A l'époque actuelle du développement social, l'histoire a chargé le prolétariat et son parti de la responsabilité d'acquérir une juste connaissance du monde et de le transformer.Ce processus, la pratique de transformation du monde, processus déterminé par la connaissance scientifique, est arrivé à un moment historique, en Chine comme dans le monde entier, à un moment d'une haute importance, sans précédent dans l'histoire de l'humanité - le moment de dissiper complètement les ténèbres en Chine comme dans le monde entier, et de transformer notre monde en un monde radieux, tel qu'on n'en a jamais connu.
La lutte du prolétariat et du peuple révolutionnaire pour la transformation du monde implique la réalisation des tâches suivantes : la transformation du monde objectif comme celle du monde subjectif de chacun - la transformation des capacités cognitives de chacun comme celle du rapport existant entre le monde subjectif et le monde objectif.
Cette transformation a déjà commencé sur une partie du globe, en Union soviétique.
On y accélère actuellement le processus. Le peuple chinois et les peuples du monde entier sont engagés dans ce processus de transformation ou le seront.
Et le monde objectif à transformer inclut tous les adversaires de cette transformation ; ils doivent passer par l'étape de la contrainte avant de pouvoir aborder l'étape de la transformation consciente.
L'époque où l'humanité entière entreprendra de façon consciente sa propre transformation et la transformation du monde sera celle du communisme mondial.
Par la pratique découvrir les vérités, et encore par la pratique confirmer les vérités et les développer.Partir de la connaissance sensible pour s'élever activement à la connaissance rationnelle, puis partir de la connaissance rationnelle pour diriger activement la pratique révolutionnaire afin de transformer le monde subjectif et objectif.
La pratique, la connaissance, puis de nouveau la pratique et la connaissance.
Cette forme cyclique n'a pas de fin, et de plus, à chaque cycle, le contenu de la pratique et de la connaissance s'élève à un niveau supérieur.
Telle est dans son ensemble la théorie matérialiste-dialectique de la connaissance, telle est la conception que se fait le matérialisme dialectique de l'unité du savoir et de l'action.
NOTES1. V. I. Lénine, Notes sur La Science de la logique de Hegel, livre trois, troisième section : " L'idée " dans " Résumé de La Science de la logique de Hegel " (septembre-décembre 1914).
2. Voir K. Marx : " Thèses sur Feuerbach " (printemps 1845) et V. I. Lénine : Matérialisme et empiriocriticisme (second semestre 1908), chapitre II, section 6.
3. Son kouo yen yl (Le Roman des Trois Royaumes), célèbre roman historique dont l'auteur est Louo Kouan-tchong (fin du xivème siècle-début du xvème).
4. V. I. Lénine : Notes sur La Science de la logique de Hegel, livre trois : " Science de la logique subjective ou la théorie du concept " dans " Résumé de La Science de la logique de Hegel ".
5. A partir de la dynastie des Tang, les examens Impériaux de la Chine féodale furent organisés à trois échelons : national, provincial et du district (ou tcheou). Celui qu
Par Antonio Artuso - Publié dans : Théorie marxiste-léniniste
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentairesLundi 13 août 2007 1 13 /08 /Août /2007 23:56
1905"Le prolétariat révolutionnaire finira par imposer que la religion devienne pour l'État une affaire vraiment privée. Et, dans ce régime politique débarrassé de la moisissure médiévale, le prolétariat engagera une lutte large et ouverte pour la suppression de l'esclavage économique, cause véritable de l'abêtissement religieux de l'humanité. "
Source : « Novaïa Jizn » n° 28
Œuvres t. X (novembre 1905 – juin 1906)
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Œuvres - 1905LénineSocialisme et religion3 décembre 1905
La société moderne est fondée tout entière sur l'exploitation des grandes masses de la classe ouvrière par une infime minorité de la population appartenant aux classes des propriétaires fonciers et des capitalistes. C'est une société d'esclavagistes, car les ouvriers « libres » qui travaillent toute leur vie pour le capital, n'ont « droit » qu'aux moyens d'existence strictement indispensables à l'entretien des esclaves produisant les bénéfices, qui permettent d'assurer et de perpétuer l'esclavage capitaliste.
L'oppression économique qui pèse sur les ouvriers, provoque et engendre inévitablement sous diverses formes l'oppression politique, l'abaissement social, l'abrutissement et la dégradation de la vie intellectuelle et morale des masses. Les ouvriers peuvent obtenir une liberté politique plus ou moins grande afin de lutter pour leur affranchissement économique, mais aucune liberté ne les débarrassera de la misère, du chômage et de l'oppression tant que le pouvoir du capital ne sera pas aboli. La religion est un des aspects de l'oppression spirituelle qui accable toujours et partout les masses populaires, écrasées par un travail perpétuel au profit d'autrui, par la misère et l'isolement. La foi en une vie meilleure dans l'au-delà naît tout aussi inévitablement de l'impuissance des classes exploitées dans leur lutte contre les exploiteurs que la croyance aux dieux, aux diables, aux miracles naît de l'impuissance du sauvage dans sa lutte contre la nature. A ceux qui peinent toute leur vie dans la misère, la religion enseigne la patience et la résignation ici-bas, en les berçant de l'espoir d'une récompense céleste. Quant à ceux qui vivent du travail d'autrui, la religion leur enseigne la bienfaisance ici- bas, leur offrant ainsi une facile justification de leur existence d'exploiteurs et leur vendant à bon compte des billets donnant accès à la félicité divine. La religion est l'opium du peuple. La religion est une espèce d'alcool spirituel dans lequel les esclaves du capital noient leur image humaine et leur revendication d'une existence tant soit peu digne de l'homme.
Mais l'esclave qui a pris conscience de sa condition et s'est levé pour la lutte qui doit l'affranchir, cesse déjà à moitié d'être un esclave. L'ouvrier conscient d'aujourd'hui, formé par la grande industrie, éduqué par la ville, écarte avec mépris les préjugés religieux, laisse le ciel aux curés et aux tartuffes bourgeois et s'attache à la conquête d'une meilleure existence sur cette terre. Le prolétariat moderne se range du côté du socialisme qui fait appel à la science pour combattre les fumées de la religion et, organisant l'ouvrier dans une lutte véritable pour une meilleure condition terrestre, le libère de la croyance en l'au-delà.
La religion doit être déclarée affaire privée ; c'est ainsi qu'on définit ordinairement l'attitude des socialistes à l'égard de la religion. Mais il importe de déterminer exactement la signification de ces mots, afin d'éviter tout malentendu. Nous exigeons que la religion soit une affaire privée vis-à-vis de l'État, mais nous ne pouvons en aucune façon considérer la religion comme une affaire privée en ce qui concerne notre propre Parti. L'État ne doit pas se mêler de religion, les sociétés religieuses ne doivent pas être liées au pouvoir d'État. Chacun doit être parfaitement libre de professer n'importe quelle religion ou de n'en reconnaître aucune, c'est-à-dire d'être athée, comme le sont généralement les socialistes. Aucune différence de droits civiques motivée par des croyances religieuses ne doit être tolérée. Toute mention de la confession des citoyens dans les papiers officiels doit être incontestablement supprimée. L'État ne doit accorder aucune subvention ni à l'Église ni aux associations confessionnelles ou religieuses, qui doivent devenir des associations de citoyens coreligionnaires, entièrement libres et indépendantes à l'égard du pouvoir. Seule la réalisation totale de ces revendications peut mettre fin à ce passé honteux et maudit où l'Église était asservie à l'État, les citoyens russes étant à leur tour asservis à l'Église d'État, où existaient et étaient appliquées des lois inquisitoriales moyenâgeuses (maintenues jusqu'à ce jour dans nos dispositions (égaies), qui persécutaient la croyance ou l'incroyance, violaient la conscience et faisaient dépendre les promotions et les rémunérations officielles de la distribution de tel ou tel élixir clérical. La séparation complète de l'Église et de l'État, telle est la revendication du prolétariat socialiste à l'égard de l'État et de l'Église modernes.
La révolution russe doit faire aboutir cette revendication comme une partie intégrante et indispensable de la liberté politique. Sous ce rapport, la révolution russe est placée dans des conditions particulièrement favorables, le détestable régime bureaucratique de l'autocratie féodale et policière ayant provoqué le mécontentement, l'effervescence et l'indignation dans le clergé même. Si misérable, si ignorant que fût le clergé orthodoxe russe, il s'est réveillé cependant au fracas de la chute de l'ancien régime, du régime médiéval en Russie. Le clergé lui-même soutient aujourd'hui la revendication de liberté, s'élève contre le bureaucratisme officiel et l'arbitraire administratif, le mouchardage policier imposé aux « ministres de Dieu ». Nous autres socialistes, nous devons appuyer ce mouvement en poussant jusqu'au bout les revendications des représentants honnêtes et sincères du clergé, en les prenant au mot quand ils parlent de liberté, en exigeant qu'ils brisent résolument tout lien entre la religion et la police. Ou bien vous êtes sincères, et vous devez dès lors réclamer la séparation complète de l'Église et de l'État, de l'école et de l'Église et demander que la religion soit déclarée affaire privée, et cela de façon absolue et catégorique. Ou bien vous ne souscrivez pas à ces revendications conséquentes de liberté, et cela signifie que vous êtes toujours prisonniers des traditions inquisitoriales, que vous voulez toujours avoir accès aux promotions et aux rémunérations officielles, que vous ne croyez pas à la puissance de vos armes spirituelles, que vous continuez à accepter les pots-de-vin de l'État ; et alors les ouvriers conscients de Russie vous déclarent une guerre sans merci.
Par rapport au parti du prolétariat socialiste, la religion n'est pas une affaire privée. Notre Parti est une association de militants conscients d'avant-garde, combattant pour l'émancipation de la classe ouvrière. cette association ne peut pas et ne doit pas rester indifférente à l'inconscience, à l'ignorance ou à l'obscurantisme revêtant la forme de croyances religieuses. Nous réclamons la séparation complète de l'Église et de l'État afin de combattre le brouillard de la religion avec des armes purement et exclusivement idéologiques : notre presse, notre propagande. Mais notre association, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, lors de sa fondation, s'est donné pour but, entre autres, de combattre tout abêtissement religieux des ouvriers. Pour nous, la lutte des idées n'est pas une affaire privée ; elle intéresse tout le Parti, tout le prolétariat.
Mais puisqu'il en est ainsi, pourquoi ne nous déclarons-nous pas athées dans notre programme ? Pourquoi n'interdisons-nous pas aux chrétiens et aux croyants l'entrée de notre Parti ?
La réponse à cette question fera ressortir la différence très importante des points de vue de la démocratie bourgeoise et de la social-démocratie sur la religion.
Notre programme est fondé tout entier sur une philosophie scientifique, rigoureusement matérialiste. Pour expliquer notre programme il est donc nécessaire d'expliquer les véritables racines historiques et économiques du brouillard religieux. Notre propagande comprend nécessairement celle de l'athéisme ; et la publication à cette fin d'une littérature scientifique que le régime autocratique et féodal a proscrite et poursuivie sévèrement jusqu'à ce jour doit devenir maintenant une des branches de l'activité de notre Parti. Nous aurons probablement à suivre le conseil qu'Engels donna un jour aux socialistes allemands : traduire et répandre parmi les masses la littérature française du XVIII° siècle athée et démystifiante [1] .
Mais en aucun cas nous ne devons nous fourvoyer dans les abstractions idéalistes de ceux qui posent le problème religieux on termes de « raison pure », en dehors de la lutte de classe, comme font souvent les démocrates radicaux issus de la bourgeoisie. Il serait absurde de croire que, dans une société fondée sur l'oppression sans bornes et l'abrutissement des masses ouvrières, les préjugés religieux puissent être dissipés par la seule propagande. Oublier que l'oppression religieuse de l'humanité n'est que le produit et le reflet de l'oppression économique au sein de la société serait faire preuve de médiocrité bourgeoise. Ni les livres ni la propagande n'éclaireront le prolétariat s'il n'est pas éclairé par la lutte qu'il soutient lui-même contre les forces ténébreuses du capitalisme. L'unité de cette lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée combattant pour se créer un paradis sur la terre nous importe plus que l'unité d'opinion des prolétaires sur le paradis du ciel.
Voilà pourquoi, dans notre programme, nous ne proclamons pas et nous ne devons pas proclamer notre athéisme ; voilà pourquoi nous n'interdisons pas et ne devons pas interdire aux prolétaires, qui ont conservé tels ou tels restes de leurs anciens préjugés, de se rapprocher de notre Parti. Nous préconiserons toujours la conception scientifique du monde ; il est indispensable que nous luttions contre l'inconséquence de certains « chrétiens », mais cela ne veut pas du tout dire qu'il faille mettre la question religieuse au premier plan, place qui ne lui appartient pas ; qu'il faille laisser diviser les forces engagées dans la lutte politique et économique véritablement révolutionnaire au nom d'opinions de troisième ordre ou de chimères, qui perdent rapidement toute valeur politique et sont très vite reléguées à la chambre de débarras, par le cours même de l'évolution économique.
La bourgeoisie réactionnaire a partout eu soin d'attiser les haines religieuses - et elle commence à le faire chez nous - pour attirer de ce côté l'attention des masses et les détourner des problèmes économiques et politiques réellement fondamentaux, problèmes que résout maintenant le prolétariat russe, qui s'unit pratiquement dans sa lutte révolutionnaire. Cette politique réactionnaire de morcellement des forces prolétariennes, qui se manifeste aujourd'hui surtout par les pogromes des Cent-Noirs, trouvera peut-être demain des mesures plus subtiles. Nous lui opposerons dans tous les cas une propagande calme, ferme, patiente, qui se refuse à exciter des désaccords secondaires, la propagande de la solidarité prolétarienne et de la conception scientifique du monde.
Le prolétariat révolutionnaire finira par imposer que la religion devienne pour l'État une affaire vraiment privée. Et, dans ce régime politique débarrassé de la moisissure médiévale, le prolétariat engagera une lutte large et ouverte pour la suppression de l'esclavage économique, cause véritable de l'abêtissement religieux de l'humanité.
Notes[1] Voir F. Engels, La littérature politique des émigrés. Le programme des communards blanquistes émigrés.
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Par Antonio Artuso - Publié dans : Théorie marxiste-léniniste
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentairesLundi 13 août 2007 1 13 /08 /Août /2007 23:26
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[FRANÇAIS] + [ENGLISH] + [ESPAÑOL]Contre le "Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité" (PSP)!
MANIFESTATION CE DIMANCHE LE 19 AOÛT À OTTAWA
Informations sur le TRANSPORT et sur d'autres détails ci-dessous
Oppose the "Security and Prosperity Partnership Agreement" (SPP)!
DEMONSTATION THIS SUNDAY (August 19) IN OTTAWA
TRANSPORTATION and more info
¡No a la supuesta "Alianza para la Seguridad y la Prosperidad de América del Norte" (ASPAN)!
MANIFESTACIÓN ESTE DOMINGO, DÍA 19 DE AGOSTO, EN OTTAWA
Informaciones sobre el TRANSPORTE Y OTROS DETALLES
----- Original Message -----From: Objection de conscienceTo: object@colba.netSent: Monday, August 13, 2007 11:41 AMSubject: Fw: Contre le PSP ! MANIF, Ottawa, 19 août, TRANSPORT et plus d'infos // Oppose the SPP ! DEMO in Ottawa, August 19, TRANSPORTATION and more infoUn message du // A message fromCOLLECTIF ÉCHEC À LA GUERRE----- Original Message -----From: Échec à la guerreSent: Monday, August 13, 2007 11:30 AMSubject: Contre le PSP ! MANIF, Ottawa, 19 août, TRANSPORT et plus d'infos // Oppose the SPP ! DEMO in Ottawa, August 19, TRANSPORTATION and more infoEnglish message follows FrenchÀ faire circuler largement dans vos réseaux. MERCI !Second message contenant des informationsplus précises sur les actions (manifestation etforum public) le 19 août à Ottawa.Tel que vous le savez déjà, les 20 et 21 août prochains, se tiendra au Château Montebello, dans l’Outaouais québécois, la troisième rencontre des leaders canadien, étasunien et mexicain – Harper, Bush et Calderon – dans le cadre du Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP).Plusieurs réseaux, coalitions et mouvements se préparent à dénoncer activement ce partenariat anti-démocratique des hautes sphères économiques et politiques des trois pays qui n’améliorera ni la sécurité ni la prospérité des populations et qui est contraire à leurs aspirations. Le Collectif Échec à la guerre sera partie prenante à cette opposition.MANIFESTATION à OttawaLe Comité Outaouais-Ottawa ARRÊTONS LE PSPun très large regroupement d'organismes mis surpied pour l'occation, organise une manifestationdimanche le 19 août à Ottawa dans le but de favoriserla plus grande participation possible des gens del'Ontario et du Québec. Le Collectif Échec à la guerreappelle ses membres et sympathisantEs à yparticiper et organise du transport pour l'occasion :MANIFESTATION à OttawaDimanche le 19 aoûtDébut à 13h, sur la colline parlementaireTRANSPORT de Montréal à Ottawa par autobus:=> Départ à 9h30, rue Berri, coin Ste-Catherine(à côté de la Place Émilie-Gamelin, métro Berri-UQAM)=> Retour d'Ottawa à 16h (arrivée à MTL vers 18h30)Note : pour celles et ceux qui voudraient aussiassister au forum public qui suivra lamanifestation, à 16h, à l'Université d'Ottawanous envisagerons qu'un autobus reviennequelques heures plus tard, si le nombre lejustifie. Plus d'infos plus bas...=> Contribution volontaire : 15 $=> Réservez vos places dès maintenant en écrivantou en laissant un message vocal au 514-490-0040.SVP indiquez clairement si vous voulez revenirtout de suite après la manifestation ou rester aussipour le forum public.FORUM PUBLIC à Ottawasur le PSP et "l'intégration profonde" de l'Amérique du NordDimanche, 19 août, à 16h00Marion Hall, Université d'Ottawa140 Louis PasteurConférencierEsMaude Barlow, présidente, Conseil des Canadiens
Gustavo Iruegas, Secrétaire aux Affaires étrangères, Gouvernement légitime du Mexico
Michèle Asselin, Fédération des femmes du Québec / RQIC
Michael Byers, auteur d'Intent for a Nation: What is Canada for?
Ann Wright, colonel à la retraite de l'armée des États-Unis, militante contre la guerre en Irak
(PLUS un conférencier sur les enjeux énergétiques "tri-nationaux")Panel politique:
Bonnie Brown, députée, critique du PLC sur les questions de santé
Serge Cardin, député, critique du Bloc Québécois sur les questions de commerce
Peter Julian, député, critique du NPD sur les questions de commerce
Elizabeth May, cheffe du Parti Vert
(des députés conservateurs ont été invités, mais ont refusé jusqu'à présent)Ce forum public est organisé par :
Le Conseil des Canadiens • Le Congrès du travail du Canada • Le Syndicat canadien de la fonction publique • Le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier • Le Canadian Centre for Policy Alternatives • Le Syndicat canadien des travailleuses et travailleurs des postes • Common Frontiers-Canada • Le Réseau québécois sur l'intégration continentale • les Travailleurs canadiens de l'automobile • L'Alliance de la Fonction publique du Canada • le National Union of Public and General EmployeesNOMBREUSES AUTRES ACTIVITÉS :Des assemblées publiques et de nombreuses activitésde protestation sont prévues dans les jours précédantle sommet, y compris dans la région de Montebello, les19, 20 et 21 août. Pour en savoir plus à ce sujet,consultez les sites des mouvements organisateurssuivants :Pour en savoir plus long sur le PSP, les enjeux fondamentaux qu'il soulève et l'importance de s'y opposer, nous vous invitons à :=> lire la déclaration conjointe du Collectif Échec à la guerre et de l'Alliance canadienne pour la paix (2 pages) qui porte sur les enjeux "guerre et militarisme" du PSP;=> visiter le site du Réseau québécois sur l'intégration continentale qui offre un excellent résumé ainsi qu'un argumentaire très détaillé (58 pages) contre le PSP.Non au Partenariat nord-américain pour la guerreet le saccage accéléré de notre planète !=======================ENGLISH BEGINS HERE=======================For broad circulation within your networks. THANKS!Second message containing more precise informationconcerning protest activities (demonstration and publicforum) in Ottawa on 19 August.As you already know, on August 20 and 21, at Château Montebello, in the Outaouais region of Québec, the third meeting of the leaders of Canada, the United States and Mexico – Harper, Bush and Calderon – will take place to discuss the Security and Prosperity Partnership of North America (SPP).Many networks, coalitions and movements are preparing to actively denounce this anti-democratic partnership among the top business and political leaders of all three countries because it will not improve the security and prosperity of the people but will work against their aspirations. Collectif Échec à la guerre will play an active role in this opposition.DEMONSTRATION in OttawaThe Outaouais-Ottawa STOP THE PSP Committee,a very broad gathering of organisations set in placefor the occasion, is organising a demonstration onSunday, 19 August, in Ottawa in order to allow the largestpossible participation by people from Ontario and Quebec.Collectif Échec à la guerre calls on its membersand sympathisers to participate in this demonstrationand is organising transportation:DEMONSTRATION in OttawaSunday, 19 AugustStarting at 1 PM, on Parliament HillTRANSPORTATION from Montreal to Ottawa by bus:=> Leaving at 9:30 am, from Berri, corner of Ste-Catherine(next to Place Émilie-Gamelin, metro Berri-UQAM)=> Returning from Ottawa at 4 PM (arrival in MTL around 6:30 PMNote : for those who would also want to attendthe public forum which will follow the demonstrationat 4 PM, at the University of Ottawawe will consider the possibility of one busleaving a few hours later if numbers aresufficient. More info below.=> Voluntary contribution: $15=> Please reserve your seat immediatelyby writing to info@echecalaguerre.orgor by leaving a voice mail at 514-490-0040.PLEASE do indicate clearly if you wish to returnimmediately after the demonstration, or stay alsofor the public forum.PUBLIC FORUM in Ottawaon the SPP and the "deep integration" of North AmericaSunday, August 19, 4 PMMarion Hall, University of Ottawa140 Louis PasteurSpeakers:Maude Barlow, National Chairperson, The Council of Canadians
Gustavo Iruegas, Secretary of Foreign Affairs, Legitimate Government of Mexico
Michèle Asselin, Fédération des femmes du Québec / RQIC
Michael Byers, author, Intent for a Nation: What is Canada for?
Ann Wright, retired U.S. Army colonel, anti-war activist
(TBA, a speaker on tri-national energy issues)Political panel:Bonnie Brown, MP, Liberal Party health critic
Serge Cardin, MP, Bloc Québécois trade critic
Peter Julian, MP, New Democratic Party trade critic
Elizabeth May, Green Party leader
(Conservative MPs have been invited, but to date have declined)This public forum is organised by :The Council of Canadians • The Canadian Labour Congress • The Canadian Union of Public Employees • The Communications, Energy & Paperworkers Union of Canada • The Canadian Centre for Policy Alternatives • The Canadian Union of Postal Workers • Common Frontiers-Canada • The Quebec Network on Continental Integration • Canadian Auto Workers Union • Public Service Alliance of Canada • National Union of Public and General EmployeesMANY OTHER ACTIVITIES :Public meetings and numerous protest activities arebeing planned over the days leading to the summit,including in the Montebello area, on August 19, 20and 21. To learn more on this, consult the websitesof the following organizing movements :TO LEARN MORE about the SPP, the fundamental questions at stake and the importance and urgency to oppose it, we invite you to:=> read the joint declaration of Collectif Échec à la guerre and the Canadian Peace Alliance (2 pages) which deals with the "war and militarism" aspects of the SPP;=> visit the website of the Council of Canadians which offers a lot of material exposing the SPP.No the to North American Partnership for warand the accelerated destruction of our planet !Lundi 13 août 2007 1 13 /08 /Août /2007 23:01Montréal, lundi le 13 août 2007
Voici mes coordonnées :
Antonio Artuso
Parti communiste du Québec (section du Parti communiste du Canada)
3981, av. Barclay, app. 5
Montréal (Québec)
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H3S IK9
Téléphone : (514) 737-7817
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