Profil

  • Antonio Artuso
  • antonio.artuso
  • Homme
  • 26/08/1945
  • politique histoire philosophie sciences journalisme
  • (1) Profession : traducteur et interprète ( anglais, espagnol, français, portugais ) - (2) Engagement politique : membre du Parti communiste du Québec (section du Parti communiste du Canada) et de Québec solidaire - (3) Organisations que j'appuie au Canada : Alliance canadienne pour la paix, Alliance of Concerned Jewish Canadians, Association américaine de juristes, Association Araucaria de Chiliens, «Clarté», Coalition Venezuela nous sommes avec toi, Collectif de traduction de Montréal, […]
Mardi 14 août 2007 2 14 /08 /Août /2007 04:32
 
MAO ZEDONG
 
DE LA CONTRADICTION
 
 
DE LA CONTRADICTION

(Août 1957)
[Cet essai philosophique a été écrit par le camarade Mao Tsétoung à la suite de son ouvrage: De la pratique et destiné comme celui-ci à corriger les graves erreurs d'ordre dogmatique existant dans le Parti.
D'abord présenté sous forme de conférence à l'Ecole militaire et politique antijaponaise de Yenan, cet écrit a été révisé par l'auteur lorsqu'il fut inclus dans ses œuvres choisies.]
La loi de la contradiction inhérente aux choses, aux phénomènes, ou loi de l'unité des contraires, est la loi fondamentale de la dialectique matérialiste.
Lénine dit:
"Au sens propre, la dialectique est l'étude de la contradiction dans l'essence même des choses ...".
Cette loi, Lénine dit souvent qu'elle est le fond de la dialectique, il dit aussi qu'elle est le noyau de la dialectique2. C'est pourquoi lorsque nous étudions cette loi, nous sommes obligés d'aborder un vaste cercle de problèmes, un bon nombre de questions philosophiques.
Si nous pouvons tirer au clair toutes ces questions, nous comprendrons dans ses fondements mêmes la dialectique matérialiste. Ces questions sont les suivantes: les deux conceptions du monde, l'universalité de la contradiction, le caractère spécifique de la contradiction, la contradiction principale et l'aspect principal de la contradiction, l'identité et la lutte des aspects de la contradiction, la place de l'antagonisme dans la contradiction.
La critique dont l'idéalisme de l'école de Déborine (3) a été l'objet dans les milieux philosophiques soviétiques au cours de ces dernières années a suscité un vif intérêt parmi nous. L'idéalisme de Déborine a exercé une influence des plus pernicieuses au sein du Parti communiste chinois, et on ne peut dire que les conceptions dogmatiques dans notre Parti n'aient rien à voir avec cette école. Par conséquent, l'objectif principal dans notre étude de la philosophie, à l'heure actuelle, doit être d'extirper les conceptions dogmatiques.
 
 
I.LES DEUX CONCEPTIONS DU MONDE
Dans l'histoire de la connaissance humaine, il a toujours existé deux conceptions des lois du développement du monde: l'une est métaphysique, l'autre dialectique; elles constituent deux conceptions du monde opposées. Lénine dit:
Les deux concepts fondamentaux (ou les deux possibles? ou les deux concepts donnés par l'histoire?) du développement (de l'évolution) sont: le développement en tant que diminution et augmentation, en tant que répétition, et le développement en tant qu'unité des contraires (dédoublement de ce qui est un, en contraires qui s'excluent mutuellement, et rapports entre eux) (4).
Lénine parle justement ici de ces deux conceptions différentes du monde.
Pendant une longue période de l'histoire, le mode de pensée métaphysique a été le propre de la conception idéaliste du monde et a occupé, en Chine comme en Europe, une place dominante dans l'esprit des gens.
En Europe, le matérialisme lui-même, au début de l'existence de la bourgeoisie, a été métaphysique. Du fait que toute une série d'Etats européens sont entrés, au cours de leur développement socio-économique, dans la phase d'un capitalisme hautement développé, que les forces productives, la lutte des classes et la science ont atteint un niveau de développement sans précédent dans l'histoire et que le prolétariat industriel est devenu la plus grande force motrice de l'histoire, est née la conception marxiste, matérialiste-dialectique, du monde.
Dès lors, au sein de la bourgeoisie, on a vu apparaître, à côté d'un idéalisme réactionnaire patent, nullement camouflé, un évolutionnisme vulgaire opposé à la dialectique matérialiste.
La métaphysique, ou l'évolutionnisme vulgaire, considère toutes les choses dans le monde comme isolées, en état de repos; elle les considère unilatéralement. Une telle conception du monde fait regarder toutes les choses, tous les phénomènes du monde, leurs formes et leurs catégories comme éternellement isolés les uns des autres, comme éternellement immuables.
Si elle reconnaît les changements, c'est seulement comme augmentation ou diminution quantitatives, comme simple déplacement. Et les causes d'une telle augmentation, d'une telle diminution, d'un tel déplacement, elle ne les fait pas résider dans les choses ou les phénomènes eux-mêmes, mais en dehors d'eux, c'est-à-dire dans l'action de forces extérieures.
Les métaphysiciens estiment que les différentes choses, les différents phénomènes dans le monde ainsi que leur caractère spécifique restent immuables dès le commencement de leur existence, et que leurs modifications ultérieures ne sont que des augmentations ou des diminutions quantitatives.
Ils estiment qu'une chose ou un phénomène ne peut que se reproduire indéfiniment et ne peut pas se transformer en quelque chose d'autre, de différent. Selon eux, tout ce qui caractérise la société capitaliste: l'exploitation, la concurrence, l'individualisme, etc. se rencontre également dans la société esclavagiste de l'antiquité, voire dans la société primitive, et existera éternellement, immuablement.
Les causes du développement de la société, ils les expliquent par des conditions extérieures à la société: le milieu géographique, le climat, etc. Ils tentent d'une façon simpliste de trouver les causes du développement en dehors des choses et des phénomènes eux-mêmes, niant cette thèse de la dialectique matérialiste selon laquelle le développement des choses et des phénomènes est suscité par leurs contradictions internes.
C'est pourquoi ils ne sont pas en mesure d'expliquer la diversité qualitative des choses et des phénomènes et la transformation d'une qualité en une autre. Cette pensée, en Europe, a trouvé son expression aux XVIIe et XVIIIe siècles dans le matérialisme mécaniste, puis, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, dans l'évolutionnisme vulgaire.
En Chine, la pensée métaphysique qui s'exprimait dans les mots "Le ciel est immuable, immuable est le Tao" (5) a été défendue longtemps par la classe féodale décadente au pouvoir. Quant au matérialisme mécaniste et à l'évolutionnisme vulgaire, importés d'Europe dans les cent dernières années, ils ont trouvé leurs tenants dans la bourgeoisie.
Contrairement à la conception métaphysique du monde, la conception matérialiste-dialectique veut que l'on parte, dans l'étude du développement d'une chose ou d'un phénomène, de son contenu interne, de ses relations avec d'autres choses ou d'autres phénomènes, c'est-à-dire que l'on considère le développement des choses ou des phénomènes comme leur mouvement propre, nécessaire, interne, chaque chose, chaque phénomène étant d'ailleurs, dans son mouvement, en liaison et en interaction avec les autres choses, les autres phénomènes qui l'environnent.
La cause fondamentale du développement des choses et des phénomènes n'est pas externe, mais interne; elle se trouve dans les contradictions internes des choses et des phénomènes eux-mêmes.
Toute chose, tout phénomène implique ces contradictions d'où procèdent son mouvement et son développement. Ces contradictions, inhérentes aux choses et aux phénomènes, sont la cause fondamentale de leur développement, alors que leur liaison mutuelle et leur action réciproque n'en constituent que les causes secondes.
Ainsi donc, la dialectique matérialiste a combattu énergique-ment la théorie métaphysique de la cause externe, de l'impulsion extérieure, propre au matérialisme mécaniste et à l'évolutionnisme vulgaire.
Il est clair que les causes purement externes sont seulement capables de provoquer le mouvement mécanique des choses et des phénomènes, c'est-à-dire les modifications de volume, de quantité, et qu'elles ne peuvent expliquer pourquoi les choses et les phénomènes sont d'une diversité qualitative infinie, pourquoi ils passent d'une qualité à une autre.
En fait, même le mouvement mécanique, provoqué par une impulsion extérieure, se réalise par l'intermédiaire des contradictions internes des choses et des phénomènes. Dans le monde végétal et animal, la simple croissance, le développement quantitatif est aussi provoqué principalement par les contradictions internes.
De même, le développement de la société est dû surtout à des causes internes et non externes. On voit des pays qui se trouvent dans des conditions géographiques et climatiques quasi identiques se développer d'une manière très différente et très inégale. Il arrive que dans un seul et même pays de grands changements se produisent dans la société sans que soient modifiés le milieu géographique et le climat. La Russie impérialiste est devenue l'Union soviétique socialiste, et le Japon féodal, fermé au monde extérieur, est devenu le Japon impérialiste, bien que la géographie et le climat de ces pays n'aient subi aucune modification.
La Chine, longtemps soumise au régime féodal, a connu de grands changements au cours des cent dernières années; elle évolue maintenant vers une Chine nouvelle, émancipée et libre; et pourtant ni la géographie ni le climat de la Chine ne se sont modifiés.
Certes, des changements se produisent dans la géographie et le climat de tout le globe terrestre et de chacune de ses parties, mais ils sont insignifiants en comparaison de ceux de la société; les premiers demandent des dizaines de milliers d'années pour se manifester, tandis que pour les seconds, il suffit de millénaires, de siècles, de décennies, voire de quelques années ou de quelques mois seulement (en période de révolution).
Selon le point de vue de la dialectique matérialiste, les changements dans la nature sont dus principalement au développement de ses contradictions internes.
Ceux qui interviennent dans la société proviennent surtout du développement des contradictions à l'intérieur de la société, c'est-à-dire des contradictions entre les forces productives et les rapports de production, entre les classes, entre le nouveau et l'ancien. Le développement de ces contradictions fait avancer la société, amène le remplacement de la vieille société par la nouvelle.
La dialectique matérialiste exclut-elle les causes externes? Nullement. Elle considère que les causes externes constituent la condition des changements, que les causes internes en sont la base, et que les causes externes opèrent par l'intermédiaire des causes internes.
L'œuf qui a reçu une quantité appropriée de chaleur se transforme en poussin, mais la chaleur ne peut transformer une pierre en poussin, car leurs bases sont différentes. Les différents peuples agissent constamment les uns sur les autres.
A l'époque du capitalisme, en particulier à l'époque de l'impérialisme et des révolutions prolétariennes, l'influence mutuelle et l'interaction des différents pays dans les domaines de la politique, de l'économie et de la culture sont énormes. La Révolution socialiste d'Octobre a ouvert une ère nouvelle non seulement dans l'histoire de la Russie, mais aussi dans celle du monde entier; elle a influé sur les changements internes dans différents pays, et aussi, avec une intensité particulière, sur les changements internes en Chine.
Mais les modifications qui en ont résulté se sont produites par l'intermédiaire des lois internes propres à ces pays, propres à la Chine. De deux armées aux prises, l'une est victorieuse, l'autre est défaite: cela est déterminé par des causes internes. La victoire est due soit à la puissance de l'armée, soit à la justesse de vue de son commandement; la défaite tient soit à la faiblesse de l'armée, soit aux erreurs commises par son commandement; c'est par l'intermédiaire des causes internes que les causes externes produisent leur effet.
En Chine, si la grande bourgeoisie a vaincu en 1927 le prolétariat, c'est grâce à l'opportunisme qui se manifestait au sein même du prolétariat chinois (à l'intérieur du Parti communiste chinois). Lorsque nous en eûmes fini avec cet opportunisme, la révolution chinoise reprit son essor.
Plus tard, elle a de nouveau sérieusement souffert des coups infligés par l'ennemi, cette fois à la suite des tendances aventuristes apparues au sein de notre Parti. Et quand nous eûmes liquidé cet aventurisme, notre cause recommença à progresser. Il s'ensuit que pour conduire la révolution à la victoire, un parti doit s'appuyer sur la justesse de sa ligne politique et la solidité de son organisation.
La conception dialectique du monde apparaît en Chine et en Europe dès l'antiquité. Toutefois, la dialectique des temps anciens avait quelque chose de spontané, de primitif; en raison des conditions sociales et historiques d'alors, elle ne pouvait encore constituer un système théorique, donc expliquer le monde sous tous ses aspects, et elle fut remplacée par la métaphysique.
Le célèbre philosophe allemand Hegel, qui a vécu à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, a apporté une très importante contribution à la dialectique; toutefois, sa dialectique était idéaliste.
C'est seulement lorsque Marx et Engels, les grands protagonistes du mouvement prolétarien, eurent généralisé les résultats positifs obtenus par l'humanité au cours du développement de la connaissance et qu'ils eurent, en particulier, repris dans un esprit critique les éléments rationnels de la dialectique de Hegel et créé la grande théorie du matérialisme dialectique et historique qu'une révolution sans précédent se produisit dans l'histoire de la connaissance humaine.
Cette théorie fut développée plus tard par Lénine et Staline. Dès qu'elle pénétra en Chine, elle provoqua d'immenses changements dans la pensée chinoise.
La conception dialectique du monde nous apprend surtout à observer et à analyser le mouvement contradictoire dans les différentes choses, les différents phénomènes, et à déterminer, sur la base de cette analyse, les méthodes propres à résoudre les contradictions. C'est pourquoi la compréhension concrète de la loi de la contradiction inhérente aux choses et aux phénomènes est pour nous d'une importance extrême.
 
 


II.L'UNIVERSALITE DE LA CONTRADICTION

Pour la commodité de l'exposé, je m'arrêterai en premier lieu à l'universalité de la contradiction, puis à son caractère spécifique.

En effet, depuis la découverte de la conception matérialiste-dialectique du monde par les grands fondateurs et continuateurs du marxisme, Marx, Engels, Lénine et Staline, la dialectique matérialiste a été appliquée avec le plus grand succès à l'analyse de nombreux aspects de l'histoire humaine et de l'histoire naturelle, ainsi qu'à la transformation de nombreux aspects de la société et de la nature (par exemple en U.R.S.S.) ; l'universalité de la contradiction est donc déjà largement reconnue et nous n'aurons pas besoin de l'expliquer longuement.

Par contre, le caractère spécifique de la contradiction est pour nombre de camarades, en particulier les dogmatiques, une question où ils ne voient pas encore clair.

Ils ne comprennent pas que dans les contradictions l'universel existe dans le spécifique. Ils ne comprennent pas non plus combien il est important, pour diriger le cours de notre pratique révolutionnaire, d'étudier le spécifique dans les contradictions inhérentes aux choses et aux phénomènes concrets devant lesquels nous nous trouvons.

Nous devons donc étudier le caractère spécifique de la contradiction avec une attention particulière, en accordant une place suffisante à son examen. C'est pourquoi dans notre analyse de la loi de la contradiction inhérente aux choses et aux phénomènes, nous commencerons par examiner le problème de l'universalité de la contradiction, puis nous analyserons plus particulièrement son caractère spécifique pour revenir finalement au problème de l'universalité.

L'universalité ou le caractère absolu de la contradiction a une double signification: la première est que les contradictions existent dans le processus de développement de toute chose et de tout phénomène; la seconde, que, dans le processus de développement de chaque chose, de chaque phénomène, le mouvement contradictoire existe du début à la fin.

Engels a dit:

"Le mouvement lui-même est une contradiction" (6).

La définition, donnée par Lénine, de la loi de l'unité des contraires, dit qu'elle " reconnaît (découvre) des tendances contradictoires, opposées et s'excluant mutuellement dans tous les phénomènes et processus de la nature (et de l'esprit et de la société dans ce nombre) "(7).

Ces idées sont-elles justes? Oui, elles le sont. Dans toutes les choses et tous les phénomènes, l'interdépendance et la lutte des aspects contradictoires qui leur sont propres déterminent leur vie et animent leur développement. Il n'est rien qui ne contienne des contradictions. Sans contradictions, pas d'univers.

La contradiction est la base des formes simples du mouvement (par exemple, le mouvement mécanique) et à plus forte raison des formes complexes du mouvement.

Engels a expliqué de la façon suivante l'universalité de la contradiction:

Si le simple changement mécanique de lieu contient déjà en lui-même une contradiction, à plus forte raison les formes supérieures de mouvement de la matière et tout particulièrement la vie organique et son développement. ... la vie consiste au premier chef précisément en ce qu'un être est à chaque instant le même et pourtant un autre.

La vie est donc également une contradiction qui, présente dans les choses et les processus eux-mêmes, se pose et se résout constamment.

Et dès que la contradiction cesse, la vie cesse aussi, la mort intervient. De même, nous avons vu que dans le domaine de la pensée également, nous ne pouvons pas échapper aux contradictions et que, par exemple, la contradiction entre l'humaine faculté de connaître, intérieurement infinie, et son existence réelle dans des hommes qui sont tous limités extérieurement et dont la connaissance est limitée, se résout dans la série des générations, série qui, pour nous, n'a pratiquement pas de fin, - tout au moins dans le progrès sans fin.

... l'un des fondements principaux des mathématiques supérieures est [la] .. . contradiction ...

Mais [les mathématiques inférieures] déjà fourmillent de contradictions (8).

Et Lénine illustrait à son tour l'universalité de la contradiction par les exemples suivants:

En mathématiques, le + et le -. Différentielle et intégrale.
En mécanique, action et réaction.
En physique, électricité positive et négative.
En chimie, union et dissociation des atomes.
Dans la science sociale, lutte de classe(9) .

Dans la guerre, l'offensive et la défensive, l'avance et la retraite, la victoire et la défaite sont autant de couples de phénomènes contradictoires dont l'un ne peut exister sans l'autre.

Les deux aspects sont à la fois en lutte et en interdépendance, cela constitue l'ensemble d'une guerre, impulse le développement de la guerre et permet de résoudre les problèmes de la guerre.

Il convient de considérer toute différence dans nos concepts comme le reflet de contradictions objectives. La réflexion des contradictions objectives dans la pensée subjective forme le mouvement contradictoire des concepts, stimule le développement des idées, résout continuellement les problèmes qui se posent à la pensée humaine.

L'opposition et la lutte entre conceptions différentes apparaissent constamment au sein du Parti; c'est le reflet, dans le Parti, des contradictions de classes et des contradictions entre le nouveau et l'ancien existant dans la société. S'il n'y avait pas dans le Parti de contradictions, et de luttes idéologiques pour les résoudre, la vie du Parti prendrait fin.

Il ressort de là que partout, dans chaque processus, il existe des contradictions, aussi bien dans les formes simples du mouvement que dans ses formes complexes, dans les phénomènes objectifs que dans les phénomènes de la pensée: ce point est maintenant éclairci. Mais la contradiction existe-t-elle également au stade initial de chaque processus?

Le processus de développement de toute chose, de tout phénomène connaît-il un mouvement contradictoire du début à la fin?

L'école de Déborine, comme la lecture des articles dans lesquels les philosophes soviétiques la soumettent à la critique permet de le constater, considère que la contradiction n'apparaît pas dès le début du processus, mais à un certain stade de son développement. Il s'ensuit que jusqu'à ce moment le développement du processus se produit non sous l'action des causes internes, mais sous celle des causes externes. Déborine revient ainsi aux théories métaphysiques des causes externes et du mécanisme.

Appliquant cette façon de voir à l'analyse des problèmes concrets, l'école de Déborine arrive à la conclusion que, dans les conditions de l'Union soviétique, il existe entre les koulaks et la masse paysanne seulement des différences et non des contradictions, et elle approuve entièrement Boukharine (10).

Etudiant la Révolution française, elle soutient qu'avant la révolution il existait également au sein du tiers état, composé des ouvriers, des paysans et de la bourgeoisie, seulement des différences et non des contradictions. Ces vues de l'école de Déborine sont antimarxistes.

Cette école ne comprend pas que dans toute différence il y a déjà une contradiction et que la différence elle-même constitue une contradiction. La contradiction entre le Travail et le Capital est née avec l'apparition de la bourgeoisie et du prolétariat, mais elle n'est devenue aiguë que plus tard.

Entre les ouvriers et les paysans, même dans les conditions sociales de l'Union soviétique, il existe une différence; cette différence est une contradiction qui, toutefois, contrairement à la contradiction entre le Travail et le Capital, ne peut s'accentuer jusqu'à devenir un antagonisme ou revêtir la forme d'une lutte de classes; les ouvriers et les paysans ont scellé une solide alliance au cours de l'édification du socialisme, et ils résolvent progressivement la contradiction en question dans le processus de développement allant du socialisme au communisme.

Il s'agit ici de différentes sortes de contradictions, et non de la présence ou de l'absence de contradictions. La contradiction est universelle, absolue; elle existe dans tous les processus du développement des choses et des phénomènes et pénètre chaque processus, du début à la fin.

Que signifie l'apparition d'un nouveau processus? Cela signifie que l'ancienne unité et les contraires qui la constituent font place à une nouvelle unité, à ses nouveaux contraires; alors naît un nouveau processus qui succède à l'ancien. L'ancien processus s'achève, le nouveau surgit.

Et comme le nouveau processus contient de nouvelles contradictions, il commence l'histoire du développement de ses propres contradictions.
Lénine souligne que Marx, dans Le Capital, a donné un modèle d'analyse du mouvement contradictoire qui traverse tout le processus de développement d'une chose, d'un phénomène, du début à la fin. C'est la méthode à employer lorsqu'on étudie le processus de développement de toute chose, de tout phénomène.

Et Lénine lui-même a utilisé judicieusement cette méthode, qui imprègne tous ses écrits.

Marx, dans Le Capital, analyse d'abord ce qu'il y a de plus simple, de plus habituel, de fondamental, de plus fréquent, de plus ordinaire, ce qui se rencontre des milliards de fois: les rapports dans la société bourgeoise (marchande): l'échange de marchandises. Son analyse fait apparaître dans ce phénomène élémentaire (dans cette "cellule" de la société bourgeoise) tous les antagonismes (resp. embryons de tous les antagonismes) de la société moderne. La suite de l'exposé nous montre le développement (et la croissance, et le mouvement) de ces antagonismes et de cette société dans le S de ses diverses parties, depuis son début jusqu'à la fin.

Et Lénine ajoute:

"Tel doit être aussi le mode d'exposition (resp. d'étude) de la dialectique en général.. "

Les communistes chinois doivent s'assimiler cette méthode s'ils veulent analyser d'une manière correcte l'histoire et la situation actuelle de la révolution chinoise et en déduire les perspectives.



III. LE CARACTERE SPECIFIQUE
DE LA CONTRADICTION


Les contradictions existent dans le processus de développement de toutes les choses, de tous les phénomènes et elles pénètrent le processus de développement de chaque chose, de chaque phénomène, du commencement à la fin. C'est là l'universalité et le caractère absolu de la contradiction, dont nous avons parlé précédemment. Arrêtons-nous maintenant sur ce qu'il y a de spécifique et de relatif dans les contradictions.

Il convient d'étudier cette question sur plusieurs plans.

En premier lieu, les contradictions des différentes formes de mouvement de la matière revêtent toutes un caractère spécifique. La connaissance de la matière par l'homme, c'est la connaissance de ses formes de mouvement, étant donné que, dans le monde, il n'y a rien d'autre que la matière en mouvement, le mouvement de la matière revêtant d'ailleurs toujours des formes déterminées.

En nous penchant sur chaque forme de mouvement de la matière, nous devons porter notre attention sur ce qu'elle a de commun avec les autres formes de mouvement. Mais ce qui est encore plus important, ce qui sert de base à notre connaissance des choses, c'est de noter ce que cette forme de mouvement a de proprement spécifique, c'est-à-dire ce qui la différencie qualitativement des autres formes de mouvement.

C'est seulement de cette manière qu'on peut distinguer une chose d'une autre. Toute forme de mouvement contient en soi ses propres contradictions spécifiques, lesquelles constituent cette essence spécifique qui différencie une chose des autres. C'est cela qui est la cause interne ou si l'on veut la base de la diversité infinie des choses dans le monde.

Il existe dans la nature une multitude de formes du mouvement: le mouvement mécanique, le son, la lumière, la chaleur, l'électricité, la dissociation, la combinaison, etc. Toutes ces formes du mouvement de la matière sont en interdépendance, mais se distinguent les unes des autres dans leur essence.

L'essence spécifique de chaque forme de mouvement est déterminée par les contradictions spécifiques qui lui sont inhérentes. Il en est ainsi non seulement de la nature, mais également des phénomènes de la société et de la pensée. Chaque forme sociale, chaque forme de la pensée contient ses contradictions spécifiques et possède son essence spécifique.

La délimitation des différentes sciences se fonde justement sur les contradictions spécifiques contenues dans les objets respectifs qu'elles étudient. Ainsi, les contradictions propres à la sphère d'un phénomène donné constituent l'objet d'étude d'une branche déterminée de la science.

Par exemple, le + et le -- en mathématiques ; l'action et la réaction en mécanique; l'électricité positive et négative en physique; la combinaison et la dissociation en chimie; les forces productives et les rapports de production, la lutte entre les classes dans les sciences sociales; l'attaque et la défense dans la science militaire; l'idéalisme et le matérialisme, la métaphysique et la dialectique en philosophie - tout cela constitue les objets d'étude de différentes branches de la science en raison justement de l'existence de contradictions spécifiques et d'une essence spécifique dans chaque branche.

Certes, faute de connaître ce qu'il y a d'universel dans les contradictions, il est impossible de découvrir les causes générales ou les bases générales du mouvement, du développement des choses et des phénomènes.

Mais si l'on n'étudie pas ce qu'il y a de spécifique dans les contradictions, il est impossible de déterminer cette essence spécifique qui distingue une chose des autres, impossible de découvrir les causes spécifiques ou les bases spécifiques du mouvement, du développement des choses et des phénomènes, impossible par conséquent de distinguer les choses et les phénomènes, de délimiter les domaines de la recherche scientifique.

Si l'on considère l'ordre suivi par le mouvement de la connaissance humaine, on voit que celle-ci part toujours de la connaissance du particulier et du spécifique pour s'élargir graduellement jusqu'à atteindre celle du général.

Les hommes commencent toujours par connaître d'abord l'essence spécifique d'une multitude de choses différentes avant d'être en mesure de passer à la généralisation et de connaître l'essence commune des choses.

Quand ils sont parvenus à cette connaissance, elle leur sert de guide pour étudier plus avant les différentes choses concrètes qui n'ont pas encore été étudiées ou qui l'ont été insuffisamment, de façon à trouver leur essence spécifique; c'est ainsi seulement qu'ils peuvent compléter, enrichir et développer leur connaissance de l'essence commune des choses et l'empêcher de se dessécher ou de se pétrifier. Ce sont là les deux étapes du processus de la connaissance: la première va du spécifique au général, la seconde du général au spécifique.

Le développement de la connaissance humaine représente toujours un mouvement en spirale et (si l'on observe rigoureusement la méthode scientifique) chaque cycle élève la connaissance à un degré supérieur et sans cesse l'approfondit.

L'erreur de nos dogmatiques dans cette question consiste en ceci: d'une part, ils ne comprennent pas que c'est seulement après avoir étudié ce qu'il y a de spécifique dans la contradiction et pris connaissance de l'essence spécifique des choses particulières qu'on peut atteindre à la pleine connaissance de l'universalité de la contradiction et de l'essence commune des choses; et d'autre part, ils ne comprennent pas qu'après avoir pris connaissance de l'essence commune des choses nous devons aller plus avant et étudier les choses concrètes, qui ont été insuffisamment étudiées ou qui apparaissent pour la première fois.

Nos dogmatiques sont des paresseux; ils se refusent à tout effort dans l'étude des choses concrètes, considèrent les vérités générales comme quelque chose qui tombe du ciel, en font des formules purement abstraites, inaccessibles à l'entendement humain, nient totalement et renversent l'ordre normal que suivent les hommes pour arriver à la connaissance de la vérité. Ils ne comprennent pas non plus la liaison réciproque entre les deux étapes du processus de la connaissance humaine: du spécifique au général et du général au spécifique; ils n'entendent rien à la théorie marxiste de la connaissance.

Il faut étudier non seulement les contradictions spécifiques de chacun des grands systèmes de formes du mouvement de la matière et l'essence déterminée par ces contradictions, mais aussi les contradictions spécifiques et l'essence de chacune de ces formes de mouvement de la matière à chaque étape du long chemin que suit le développement de celles-ci. Toute forme du mouvement, dans chaque processus de développement qui est réel et non imaginaire, est qualitativement différente. Dans notre étude, il convient d'accorder une attention particulière à cela et, de plus, de commencer par là.

Les contradictions qualitativement différentes ne peuvent se résoudre que par des méthodes qualitativement différentes.

Ainsi, la contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie se résout par la révolution socialiste; la contradiction entre les masses populaires et le régime féodal, par la révolution démocratique; la contradiction entre les colonies et l'impérialisme, par la guerre révolutionnaire nationale; la contradiction entre la classe ouvrière et la paysannerie, dans la société socialiste, par la collectivisation et la mécanisation de l'agriculture; les contradictions au sein du parti communiste se résolvent par la critique et l'autocritique; les contradictions entre la société et la nature, par le développement des forces productives. Les processus changent, les anciens processus et les anciennes contradictions disparaissent, de nouveaux processus et de nouvelles contradictions naissent, et les méthodes pour résoudre celles-ci sont en conséquence différentes elles aussi.

Les contradictions résolues par la Révolution de Février et les contradictions résolues par la Révolution d'Octobre, en Russie, de même que les méthodes employées pour les résoudre, étaient entièrement différentes. Résoudre les contradictions différentes par des méthodes différentes est un principe que les marxistes-léninistes doivent rigoureusement observer.

Les dogmatiques n'observent pas ce principe; ils ne comprennent pas que les conditions dans lesquelles se déroulent les différentes révolutions ne sont pas les mêmes, aussi ne comprennent-ils pas que les contradictions différentes doivent être résolues par des méthodes différentes; ils adoptent invariablement ce qu'ils croient être une formule immuable, et l'appliquent mécaniquement partout, ce qui ne peut que causer des revers à la révolution ou compromettre ce qui aurait pu réussir.

Pour faire apparaître le caractère spécifique des contradictions considérées dans leur ensemble ou dans leur liaison mutuelle au cours du processus de développement d'une chose ou d'un phénomène, c'est-à-dire pour faire apparaître l'essence du processus, il faut faire apparaître le caractère spécifique des deux aspects de chacune des contradictions dans ce processus; sinon, il sera impossible de faire apparaître l'essence du processus; cela aussi exige la plus grande attention dans notre étude.

Dans le processus de développement d'un phénomène important, il existe toute une série de contradictions. Par exemple, dans le processus de la révolution démocratique bourgeoise en Chine, il existe notamment une contradiction entre les classes opprimées de la société chinoise et l'impérialisme; une contradiction entre les masses populaires et le régime féodal; une contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie; une contradiction entre la paysannerie et la petite bourgeoisie urbaine d'une part, et la bourgeoisie d'autre part; des contradictions entre les diverses cliques réactionnaires dominantes: la situation est ici extrêmement complexe.

Toutes ces contradictions ne peuvent être traitées de la même façon, puisque chacune a son caractère spécifique; qui plus est, les deux aspects de chaque contradiction ont, à leur tour, des particularités propres à chacun d'eux, et l'on ne peut les envisager de la même manière.

Nous qui travaillons pour la cause de la révolution chinoise, nous devons non seulement comprendre le caractère spécifique de chacune de ces contradictions considérées dans leur ensemble, c'est-à-dire dans leur liaison mutuelle, mais encore étudier les deux aspects de chaque contradiction, seul moyen pour arriver à comprendre l'ensemble.

Comprendre chaque aspect de la contradiction, c'est comprendre quelle situation particulière il occupe, sous quelles formes concrètes il établit avec son contraire des relations d'interdépendance et des relations de contradiction, quelles sont les méthodes concrètes qu'il utilise dans sa lutte contre l'autre quand les deux aspects se trouvent à la fois en interdépendance et en contradiction, et aussi après la rupture de leur interdépendance.

L'étude de ces questions est d'une haute importance. C'est ce qu'avait en vue Lénine lorsqu'il disait que la substance même, l'âme vivante du marxisme, c'est l'analyse concrète d'une situation concrète (12). Nos dogmatiques enfreignent les enseignements de Lénine, ne se donnent jamais la peine d'analyser quoi que ce soit d'une manière concrète; leurs articles et leurs discours ne font que ressasser d'une manière vaine, creuse, des schémas stéréotypés, et font naître dans notre Parti un style de travail des plus néfastes.

Dans l'étude d'une question, il faut se garder d'être subjectif, d'en faire un examen unilatéral et d'être superficiel. Etre subjectif, c'est ne pas savoir envisager une question objectivement, c'est-à-dire d'un point de vue matérialiste. J'en ai déjà parlé dans "De la pratique". L'examen unilatéral consiste à ne pas savoir envisager les questions sous tous leurs aspects.

C'est ce qui arrive, par exemple, lorsqu'on comprend seulement la Chine et non le Japon, seulement le Parti communiste et non le Kuomintang, seulement le prolétariat et non la bourgeoisie, seulement la paysannerie et non les propriétaires fonciers, seulement les situations favorables et non les situations difficiles, seulement le passé et non l'avenir, seulement le détail et non l'ensemble, seulement les insuffisances et non les succès, seulement le demandeur et non le défendeur, seulement le travail révolutionnaire dans la clandestinité et non le travail révolutionnaire légal, etc., bref, lorsqu'on ne comprend pas les particularités des deux aspects d'une contradiction.

C'est ce qu'on appelle envisager les questions d'une manière unilatérale, ou encore voir la partie et non le tout, voir les arbres et non la forêt. Si l'on procède ainsi, il est impossible de trouver la méthode pour résoudre les contradictions, impossible de s'acquitter des tâches de la révolution, impossible de mener à bien le travail qu'on fait, impossible de développer correctement la lutte idéologique dans le Parti.

Quand Souentse, traitant de l'art militaire, disait: "Connais ton adversaire et connais-toi toi-même, et tu pourras sans risque livrer cent batailles"(13), il parlait des deux parties belligérantes. Wei Tcheng14, sous la dynastie des Tang, comprenait lui aussi l'erreur d'un examen unilatéral lorsqu'il disait: " Qui écoute les deux côtés aura l'esprit éclairé, qui n'écoute qu'un côté restera dans les ténèbres." Mais nos camarades voient souvent les problèmes d'une manière unilatérale et, de ce fait, il leur arrive souvent d'avoir des anicroches. Dans Chouei hou tchouan, on parle de Song Kiang qui attaqua à trois reprises Tchou-kiatchouang "(15).

Il échoua deux fois pour avoir ignoré les conditions locales et appliqué une méthode d'action erronée.

Par la suite, il changea de méthode et commença par s'informer de la situation; dès lors, il connut tous les secrets du labyrinthe, brisa l'alliance des trois villages Likiatchouang, Houkiatchouang et Tchoukiatchouang, et envoya des hommes se cacher dans le camp ennemi pour s'y mettre en embuscade, usant d'un stratagème semblable à celui du cheval de Troie dont parle une légende étrangère; et sa troisième attaque fiit couronnée de succès. Chouei hou tchouan contient de nombreux exemples d'application de la dialectique matérialiste, dont l'un des meilleurs est l'attaque, par trois fois, de Tchou-kiatchouang.

Lénine dit:

Pour connaître réellement un objet, il faut embrasser et étudier tous ses aspects, toutes ses liaisons et "médiations". Nous n'y arriverons jamais intégralement, mais la nécessité de considérer tous les aspects nous garde des erreurs et de l'engourdissement(16).

Nous devons retenir ses paroles. Etre superficiel, c'est ne pas tenir compte des particularités des contradictions dans leur ensemble, ni des particularités des deux aspects de chaque contradiction, nier la nécessité d'aller au fond des choses et d'étudier minutieusement les particularités de la contradiction, se contenter de regarder de loin et, après une observation approximative de quelques traits superficiels de la contradiction, essayer immédiatement de la résoudre (de répondre à une question, de trancher un différend, de régler une affaire, de diriger une opération militaire).

Une telle manière de procéder entraîne toujours des conséquences fâcheuses. La raison pour laquelle nos camarades qui donnent dans le dogmatisme et l'empirisme commettent des erreurs, c'est qu'ils envisagent les choses d'une manière subjective, unilatérale, superficielle. Envisager les choses d'une manière unilatérale et superficielle, c'est encore du subjectivisme, car, dans leur être objectif, les choses sont en fait liées les unes aux autres et possèdent des lois internes; or, il est des gens qui, au lieu de refléter les choses telles qu'elles sont, les considèrent d'une manière unilatérale ou superficielle, sans connaître leur liaison mutuelle ni leurs lois internes; une telle méthode est donc subjective.

Nous devons avoir en vue non seulement les particularités du mouvement des aspects contradictoires considérés dans leur liaison mutuelle et dans les conditions de chacun d'eux au cours du processus général du développement d'une chose ou d'un phénomène, mais aussi les particularités propres à chaque étape du processus de développement.

Ni la contradiction fondamentale dans le processus de développement d'une chose ou d'un phénomène, ni l'essence de ce processus, déterminée par cette contradiction, ne disparaissent avant l'achèvement du processus; toutefois, les conditions diffèrent habituellement les unes des autres à chaque étape du long processus de développement d'une chose ou d'un phénomène.

En voici la raison: Bien que le caractère de la contradiction fondamentale dans le processus de développement d'une chose ou d'un phénomène et l'essence du processus restent inchangés, la contradiction fondamentale s'accentue progressivement à chaque étape de ce long processus.

En outre, parmi tant de contradictions, importantes ou minimes, qui sont déterminées par la contradiction fondamentale ou se trouvent sous son influence, certaines s'accentuent, d'autres se résolvent ou s'atténuent temporairement ou partiellement, d'autres ne font encore que naître. Voilà pourquoi il y a différentes étapes dans le processus. On est incapable de résoudre comme il faut les contradictions inhérentes à une chose ou à un phénomène si l'on ne fait pas attention aux étapes du processus de son développement.

Lorsque, par exemple, le capitalisme de l'époque de la libre concurrence se transforma en impérialisme, ni le caractère de classe des deux classes en contradiction fondamentale - le prolétariat et la bourgeoisie - ni l'essence capitaliste de la société ne subirent de changement; toutefois, la contradiction entre ces deux classes s'accentua, la contradiction entre le capital monopoliste et le capital non monopoliste surgit, la contradiction entre les puissances coloniales et les colonies devint plus marquée, la contradiction entre les pays capitalistes, contradiction provoquée par le développement inégal de ces pays, se manifesta avec une acuité particulière; dès lors apparut un stade particulier du capitalisme - le stade de l'impérialisme. Le léninisme est le marxisme de l'époque de l'impérialisme et de la révolution prolétarienne précisément parce que Lénine et Staline ont donné une explication juste de ces contradictions et formulé correctement la théorie et la tactique de la révolution prolétarienne appelées à les résoudre.

Si l'on prend le processus de la révolution démocratique bourgeoise en Chine, qui a commencé par la Révolution de 1911 (17), on y distingue également plusieurs étapes spécifiques. En particulier, la période de la révolution où sa direction a été bourgeoise et la période où sa direction est assumée par le prolétariat représentent deux étapes historiques dont la différence est considérable.

En d'autres termes, la direction exercée par le prolétariat changea radicalement le visage de la révolution, conduisit à un regroupement des forces dans le rapport des classes, amena un large développement de la révolution paysanne, imprima à la révolution dirigée contre l'impérialisme et le féodalisme un caractère conséquent, créa la possibilité du passage de la révolution démocratique à la révolution socialiste, etc.

Tout cela était impossible à l'époque où la direction de la révolution appartenait à la bourgeoisie.

Bien que la nature de la contradiction fondamentale du processus pris dans son ensemble, c'est-à-dire le caractère de révolution démocratique anti-impérialiste et antiféodale du processus (l'autre aspect de la contradiction étant le caractère semi-colonial et semi-féodal du pays), n'eût subi aucun changement, on vit se produire au cours de cette longue période des événements aussi importants que la défaite de la Révolution de 1911 et l'établissement du pouvoir des seigneurs de guerre du Peiyang, la création du premier front uni national et la révolution de 1924-1927, la rupture du front uni et le passage de la bourgeoisie dans le camp de la contre-révolution, les conflits entre les nouveaux seigneurs de guerre, la Guerre révolutionnaire agraire (19), la création du second front uni national et la Guerre de Résistance contre le Japon - autant d'étapes de développement en l'espace de vingt et quelques années.

Ces étapes sont caractérisées notamment par le fait que certaines contradictions se sont accentuées (par exemple, la Guerre révolutionnaire agraire et l'invasion des quatre provinces du Nord-Est (20) par le Japon), que d'autres se sont trouvées partiellement ou provisoirement résolues (par exemple, l'anéantissement des seigneurs de guerre du Peiyang, la confiscation par nous des terres des propriétaires fonciers), que d'autres enfin ont surgi (par exemple, la lutte entre les nouveaux seigneurs de guerre, la reprise des terres par les propriétaires fonciers après la perte de nos bases révolutionnaires dans le Sud).

Lorsqu'on étudie le caractère spécifique des contradictions à chaque étape du processus de développement d'une chose ou d'un phénomène, il faut non seulement considérer ces contradictions dans leur liaison mutuelle ou dans leur ensemble, mais également envisager les deux aspects de chaque contradiction.

Par exemple, le Kuomintang et le Parti communiste. Prenons l'un des aspects de cette contradiction: le Kuomintang. Aussi longtemps qu'il suivit, dans la période du premier front uni, les trois thèses politiques fondamentales de Sun Yat-sen (alliance avec la Russie, alliance avec le Parti communiste et soutien aux ouvriers et aux paysans), il conserva son caractère révolutionnaire et sa vigueur, il représenta l'alliance des différentes classes dans la révolution démocratique. A partir de 1927, il se transforma en son contraire en devenant un bloc réactionnaire des propriétaires fonciers et de la grande bourgeoisie.

Après l'Incident de Sian (21) en décembre 1936, un nouveau changement commença à se produire en son sein, dans le sens de la cessation de la guerre civile et de l'alliance avec le Parti communiste pour une lutte commune contre l'impérialisme japonais. Telles sont les particularités du Kuomintang à ces trois étapes. Leur apparition a eu, bien entendu, des causes multiples.

Prenons maintenant l'autre aspect: le Parti communiste chinois. Dans la période du premier front uni, il était encore fort jeune; il dirigea courageusement la révolution de 1924-1927, mais montra son manque de maturité dans la façon dont il comprit le caractère, les tâches et les méthodes de la révolution, c'est pourquoi le tchentou-sieouisme (22), qui était apparu dans la der nière période de cette révolution, eut la possibilité d'y exercer son action et conduisit la révolution à la défaite.

A partir de 1927, le Parti communiste dirigea courageusement la Guerre révolutionnaire agraire, créa une armée révolutionnaire et des bases révolutionnaires, mais commit des erreurs de caractère aventuriste, à la suite de quoi l'armée et les bases d'appui subirent de grosses pertes. Depuis 1935, il a surmonté ces erreurs et dirige le nouveau front uni pour la résistance au Japon; cette grande lutte est en train de se développer.

A l'étape présente, le Parti communiste est un parti qui a déjà subi l'épreuve de deux révolutions et qui possède une riche expérience. Telles sont les particularités du Parti communiste chinois à ces trois étapes. Leur apparition a eu également des causes multiples. Faute d'étudier les particularités du Kuomintang et du Parti communiste, il est impossible de comprendre les relations spécifiques entre les deux partis aux diverses étapes de leur développement: création d'un front uni, rupture de ce front, création d'un nouveau front uni. Mais pour étudier ces diverses particularités, il est encore plus indispensable d'étudier la base de classe des deux partis et les contradictions qui en résultent dans différentes périodes entre chacun de ces partis et les autres forces.

Par exemple, dans la période de sa première alliance avec le Parti communiste, le Kuomintang se trouvait en contradiction avec les impérialistes étrangers, ce qui l'amena à s'opposer à l'impérialisme; d'autre part, il se trouvait en contradiction avec les masses populaires à l'intérieur du pays - bien qu'en paroles il fît toutes sortes de promesses mirifiques aux travailleurs, il ne leur accordait en fait que très peu de choses, voire rien du tout. Au cours de sa guerre anticommuniste, il collabora avec l'impérialisme et le féodalisme pour s'opposer aux masses populaires, supprima d'un trait de plume tous les droits que celles-ci avaient conquis pendant la révolution, rendant ainsi plus aiguës ses contradictions avec les masses populaires. Dans la période actuelle de résistance au Japon, il a besoin, en raison de ses contradictions avec l'impérialisme japonais, de s'allier avec le Parti communiste, sans toutefois mettre un frein ni à sa lutte contre le Parti communiste et le peuple ni à l'oppression qu'il exerce sur eux.

Quant au Parti communiste, il a toujours été, dans n'importe quelle période, aux côtés des masses populaires pour lutter contre l'impérialisme et le féodalisme; mais dans la période actuelle de résistance au Japon, il a adopté une politique modérée à l'égard du Kuomintang et des forces féodales du pays, étant donné que le Kuomintang s'est prononcé pour la résistance au Japon. Ces circonstances ont donné lieu tantôt à une alliance tantôt à une lutte entre les deux partis, ceux-ci étant, d'ailleurs, même en période d'alliance, dans une situation complexe à la fois d'alliance et de lutte. Si nous n'étudions pas les particularités de ces aspects contradictoires, nous ne pourrons comprendre ni les rapports respectifs des deux partis avec les autres forces, ni les relations entre les deux partis eux-mêmes.

Il s'ensuit que lorsque nous étudions le caractère spécifique de n'importe quelle contradiction - la contradiction propre à chaque forme de mouvement de la matière, la contradiction propre à chaque forme de mouvement dans chacun de ses processus de développement, les deux aspects de la contradiction dans chaque processus de développement, la contradiction à chaque étape d'un processus de développement, et les deux aspects de la contradiction à chacune de ces étapes - bref, lorsque nous étudions le caractère spécifique de toutes ces contradictions, nous ne devons pas nous montrer subjectifs et arbitraires, mais en faire une analyse concrète.

Sans analyse concrète, impossible de connaître le caractère spécifique de quelque contradiction que ce soit. Nous devons toujours nous rappeler les paroles de Lénine: analyse concrète d'une situation concrète.

Marx et Engels ont été les premiers à nous donner de magnifiques exemples de ce genre d'analyse concrète.

Lorsque Marx et Engels ont appliqué la loi de la contradiction inhérente aux choses et aux phénomènes à l'étude du processus de l'histoire de la société, ils ont découvert la contradiction existant entre les forces productives et les rapports de production, la contradiction entre la classe des exploiteurs et celle des exploités, ainsi que la contradiction qui en résulte entre la base économique et sa superstructure (politique, idéologie, etc.); et ils ont découvert comment ces contradictions engendrent inévitablement différentes sortes de révolutions sociale

Par Antonio Artuso - Publié dans : Théorie marxiste-léniniste
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